—La lettre a un post-scriptum: Aïcha annonce la mort de ta belle-sœur.

—Ah! tant mieux!

—Comment! n'étais-tu pas en bons termes avec elle?

—Excuse-moi, monsieur Houssay. Je préfère apprendre sa mort que celle de mon frère!»

15 avril.—Depuis longtemps déjà Marcel désirait informer M. de Ronchaud de la découverte des lions; mais, dans la situation qui nous est faite, il s'exposait à grossir les dossiers de Mozaffer el Molk et à satisfaire la curiosité de son médecin. Cela n'était pas d'une utilité pressante.

Comme des écoliers en liesse dès le départ du pion, nous profitâmes d'une nouvelle fantaisie balnéaire d'Abdoul-Raïm pour écrire quelques dépêches secrètes. Puis Marcel et moi portâmes ces lettres au campement de Kérim Khan, situé sur les rives de la Kerkha, à quarante kilomètres de Suse, mais à dix minutes de la frontière turque. Peine perdue! Mon oncle s'est obstinément refusé à se mêler des affaires de ses parents. Il sera donc impossible de rompre le filet tendu par Abdoul-Raïm!

De retour à Suse, nous parlementâmes pendant trois jours avant de trouver parmi les ouvriers arabes—les Dizfoulis sont trop poltrons—deux hommes qui voulussent se charger de cette mission.

Mirza Taguy, informé de nos projets, n'osa s'y opposer ouvertement, et les deux casseds (courriers) se mirent en route.

Des vents ennemis ont-ils apporté cette grave nouvelle à Abdoul-Raïm? Le colonel est retourné un jour plus tôt qu'on ne l'attendait, et, à la suite d'une violente altercation avec son collègue, il est venu, encore rouge de colère, interpeller Marcel sur son audacieuse conduite.

«Suis-je prisonnier?