23 avril.—De verte la plaine est devenue jaune, les herbes portent des épines au lieu de fleurs, la chaîne des Bakhthyaris montre des crêtes roses là où s'étendaient d'interminables glaciers. Il semble qu'en huit jours la nature entière ait été passée au four.

Après la disparition des dernières neiges, Suse deviendra inhabitable. Le motevelli fermera la porte du tombeau et se réfugiera dans son serdab (cave) de Dizfoul; les nomades se rapprocheront de la montagne ou camperont sur les bords d'un fleuve; fauves et sangliers, à l'exemple de l'homme, deviendront amphibies; seuls les serpents, les scorpions et de monstrueuses araignées fréquenteront les tumulus. Les morsures de l'été tueront même les insectes qui se relayent pour nous torturer. Que ne nous vengent-elles aussi des pèlerins?

Les mouches vivent en légions si nombreuses, que casques et habits semblent couverts d'une carapace de jais noir; les moustiques sont armés d'aiguillons si acérés, qu'ils percent les habits après avoir traversé la toile des pliants et ne laissent pas à leurs victimes le loisir de s'asseoir. Chevaux, ânes, mulets ont le cuir trop tendre pour se défendre contre ces vampires.

«Grâce, petit moustique! Je suis ton esclave, petit moustique.

«Le moustique se pose sur ma tête; la prendrait-il pour une pastèque?

«Le moustique se pose sur mon oreille; veut-il me rendre fou?

«Le moustique se pose sur mes yeux; les prendrait-il pour des raisins noirs?

«Le moustique se pose sur ma narine; veut-il m'ôter l'odorat?

«Le moustique se pose sur ma barbe; me prendrait-il pour un derviche?

«Le moustique se pose sur mes lèvres; veut-il me rendre muet?