Il ne serait pas délicat d'interroger à ce sujet Mirza Taghuy khan: en fidèle serviteur le docteur doit approuver toutes les actions de son maître. Quoi qu'il en soit, la belle propriété du hadji appartient aujourd'hui au prince Zellè sultan.

Des fenêtres du talar la vue s'étend au loin sur une campagne fertile limitée à l'horizon par la chaîne de montagnes des Bakhtiaris. A nos pieds coulent, à travers des plantations de tabac et de sorgho, des ruisseaux peuplés de tortues de grande taille.

Un profond réservoir placé au centre du jardin fournit l'eau nécessaire à l'arrosage des parterres et des vergers qui entourent Coladoun, tandis que les plantations de tabac et de coton sont irriguées avec des eaux sous-jacentes, au moyen d'engins analogues au chalouf dont se servent les Égyptiens quand ils amènent l'eau du Nil au-dessus des berges du fleuve. Seulement, les Persans intelligents et pratiques attellent des animaux à leurs machines élévatoires au lieu de les manœuvrer à bras d'hommes.

Si les puits, percés au-dessus des kanots et généralement cachés sous les branches touffues des arbres, n'attirent pas le regard, le grincement des poulies décèle bruyamment leur présence.

Deux murailles de terre élevées de chaque côté de l'orifice supportent une barre de fer sur laquelle s'enfile un large cylindre de bois; la corde qui s'enroule tout autour de cette espèce de treuil soutient à l'une de ses extrémités une large poche de cuir, et par l'autre s'attache au collier d'un bœuf ou d'un cheval. Au-devant des puits, un chemin en pente très rapide, creusé entre deux murs de soutènement, sert de passage aux animaux attelés à la machine élévatoire. Quand le cheval ou le bœuf remonte la pente en se dirigeant vers l'orifice du puits, la poche de cuir descend dans l'eau et se remplit. Le conducteur fait alors retourner la bête, dont l'effort, ajouté à son propre poids, suffit à élever le récipient; un homme saisit la poche de cuir, l'attire à lui et déverse son contenu dans les rigoles d'irrigation. Les bœufs et les chevaux, habitués à descendre et à monter tous les jours ces chemins en pente, obéissent machinalement à leur conducteur et amènent en peu de temps une grande quantité d'eau à la surface du sol.

A Coladoun la couche liquide est très rapprochée de terre; les paysans en profitent pour faire produire à leurs champs jusqu'à trois récoltes chaque année.

Les cultures du coton et du tabac forment avec celle du pavot la grande richesse agricole de la plaine du Zendèroud.

A part une irrigation soignée, à défaut de laquelle la graine ne germerait même pas, le tabac, dont la tige s'élève à quatre-vingts centimètres de hauteur, vient à peu près sans travail et sans soin. Quand la plante a produit toutes ses feuilles, on les laisse sécher sur pied avant de les cueillir, puis on les divise en dix ou douze classes, s'étageant depuis la feuille fine et tendre d'un prix élevé jusqu'au bois concassé mis à la portée des petites bourses.

Le tabac d'Ispahan est renommé et l'emporte comme parfum sur celui de Chiraz, particulièrement réservé aux Constantinopolitains ou aux Syriens, qui le fument comme les Persans dans des kalyans ou des narguilés.

La culture du coton demande moins de chaleur que celle du tabac, et couvre par conséquent une grande étendue de terre dans les provinces du nord comme dans celles du centre de la Perse.