Au moment de la floraison, l'arbrisseau se couvre de fleurs jaunes, puis les pétales tombent et sont remplacés par une capsule rouge de la grosseur d'une petite noix. Cette enveloppe se décolore et se sèche tout à la fois; devenue boisée, elle éclate et laisse apparaître le coton blanc comme de la neige. Le vent ne tarderait pas à emporter ce fin duvet si, au moment opportun, une nuée de paysans ne cueillaient rapidement les capsules.
Après avoir emmagasiné le coton, il reste à le débarrasser des matières étrangères, à l'emballer ensuite dans de vastes sacs de toile, puis à l'expédier vers les ports d'embarquement, à destination de la France ou de l'Angleterre.
La culture de cette plante textile serait aussi rémunératrice que celle de l'opium ou du tabac, si cette matière était mise en œuvre sur les lieux mêmes de production. Malheureusement les négociants indigènes ne profitent même pas, en qualité d'intermédiaires, des bénéfices laissés par les diverses transactions auxquelles le coton donne lieu, et se trouvent, envers deux maisons européennes établies sur la voie de Téhéran à Bouchyr, dans un état de dépendance très nuisible au développement de l'industrie locale. Un exemple entre mille. Les marchandises importées ou exportées de Perse doivent être soumises à un seul droit de douane évalué à cinq pour cent de la valeur vénale: telle est la fiction. En réalité, les convois sont arrêtés et visités non seulement à l'entrée et à la sortie du royaume, mais encore aux portes de chaque ville. Il faut alors donner, pour dégager les marchandises, des pichkiach aux gouverneurs, aux officiers de douane et aux nombreux serviteurs du palais, toujours plus âpres et plus difficiles à tromper que leurs maîtres, et dépenser en gratifications trois et quatre fois le montant de la taxe réglementaire, suivant le bon plaisir et les exigences des autorités répandues le long de la route que suivent les caravanes.
Tout autre est la situation des Européens. Protégés par leurs consuls, ils payent à la douane la redevance légale et, cet unique impôt acquitté, n'ont à surmonter aucun obstacle pour faire conduire les convois jusqu'à leurs caravansérails.
Dans cette situation privilégiée, il leur est possible, tout en prélevant un bénéfice considérable, de donner leurs marchandises à un prix très inférieur à celui que demandent les négociants indigènes.
Cet état de choses est fort regrettable, car, s'il est à désirer de voir l'influence européenne s'établir en Orient à un point de vue moralisateur, scientifique ou même industriel, il est fâcheux que les avantages faits aux comptoirs étrangers soient pour l'Iran une source d'appauvrissement et de ruine.
BAZAR A DJOULFA. (Voyez p. [277].)
A dire vrai, je ne puis comprendre vers quel but tend le gouvernement persan en opprimant ses sujets au profit des étrangers. J'aime à croire que la manière dont les droits de douanes sont perçus est soigneusement cachée au roi, et j'aime mieux attribuer des mesures injustes à la rapacité des gouverneurs qu'à l'indifférence du souverain. Quoi qu'il en soit, le commerce ispahanien lui-même, si prospère et si puissant sous chah Abbas et ses successeurs, est à peu près mort aujourd'hui; les négociants indigènes ont tout avantage à acheter et à vendre leurs marchandises aux courtiers étrangers taxés avec équité et ne traitent plus directement aucune affaire. Les Persans souffrent d'autant plus de l'infériorité industrielle à laquelle ils se trouvent condamnés envers les maisons européennes qu'ils ne sont point, comme les Arabes, des poètes et des rêveurs et aiment par tempérament les entreprises commerciales et les spéculations aventureuses.
«L'âpreté au gain, sentiment si développé chez les Ispahaniens, est dû à l'air du pays», assure un vieil auteur.