Le docteur Tholozan avait soigné pendant plusieurs mois et guéri d'une coxalgie la fille de l'imam djouma de Téhéran. Jamais il n'était venu à la pensée de ce respectable personnage qu'il devait une rémunération au chirurgien de Sa Majesté; s'abaisser jusqu'à payer son médecin, c'eût été une mesquinerie indigne de son caractère. Mais un des mollahs de sa maison, d'un tempérament moins orgueilleux, arrive un jour en grande pompe, entouré de nombreux témoins et apporte cinquante tomans au docteur, dans l'unique espoir de se faire bien venir de son chef hiérarchique.
A quelque temps de là, un ami du grand prêtre se casse le bras. M. Tholozan le lui remet et reçoit des honoraires honorables.
«Combien vous a donné Mirza Akhmed? demande l'imam djouma.
—Vingt-cinq tomans.
—C'est un pleutre! s'écrie le religieux: je lui conseillerai de tripler cette somme.»
Ce qui fut dit fut fait.
17 octobre.—Comme le prophétisait la faculté cosmopolite de Chiraz, Marcel s'est trouvé bien ce matin et m'a priée de l'accompagner chez le hakim bachy. Après nous avoir fait les honneurs d'un lunch soigneusement préparé, le vénérable docteur demanda les kalyans, tout en ordonnant aux serviteurs de s'éloigner; puis il prit la parole et prétexta de l'état fiévreux de Çahabi divan pour l'excuser du retard qu'il avait mis à nous recevoir. «Je suis fort inquiet, a-t-il ajouté; mon illustre malade est vieux, usé, digère mal la quinine, et je crains bien, si les accès ne le quittent pas, que nous n'ayons bientôt un autre gouverneur. Je regretterais vivement de voir mourir Çahabi divan, car il est pour moi un véritable ami.
—Pourquoi n'essayeriez-vous pas de lui donner de l'arsenic?» dit Marcel en français.
A ces mots, le docteur en herbe pâlit. Le père, inquiet de l'émotion de son fils, l'interroge.
«L'Excellence propose de soigner le gouverneur avec du margèmouch (litt.: «mort aux rats»).