Je m'attendais à trouver des maisons derrière les murs; il n'en était rien, tout le sol était couvert d'une multitude de taupinières, d'où sortaient de temps en temps, par des portes semblables à de gigantesques trous de rats, des paysans déguenillés et farouches. Nous nous sommes mis à l'abri du soleil sous un porche ménagé auprès de la porte d'entrée, et j'ai eu recours sans succès à tous les calmants de la pharmacie. En désespoir de cause, il m'est venu la pensée de faire chauffer sur un grand feu les assiettes, les marmites, les théières de cuivre qui composent notre ménage, et de les appliquer toutes brûlantes sur la peau de l'estomac et de la plante des pieds. De grosses cloches se sont immédiatement formées. Au bout d'une heure, les douleurs aiguës se calmaient et un profond sommeil s'emparait du malade. Vers le soir, mon mari, peu désireux de passer la nuit au fond d'une taupinière et de se soigner avec du lait aigre et des dattes véreuses, a demandé de lui-même à se rapprocher du gros bourg de Sarvistan, éloigné d'une vingtaine de kilomètres.
J'ai immédiatement fait prendre les devants à un golam, puis nous nous sommes mis en route. L'inquiétude morale dans laquelle le plonge la crainte de faire un voyage inutile surexcite encore les douleurs physiques de Marcel. Nous nous sommes décidés à venir étudier les palais voûtés de Sarvistan et de Firouz-Abad sur des indications assez vagues, et nul ne connaît le premier de ces monuments. Depuis que nous avons quitté le lac salé, j'interroge l'horizon et les paysans: horizon et paysans sont également muets. On me montre de ci de là quelques imamzaddès en ruine, mais personne ne me signale de palais abandonné. Ferions-nous une nouvelle campagne d'Éclid?
Dès notre arrivée au village, nous nous sommes présentés chez le naïeb (litt.: «lieutenant, chef d'un district»). Cet homme, aux traits durs et à l'aspect malveillant, nous a souhaité la bienvenue du bout des lèvres en regardant Marcel de travers, et a fait ouvrir en notre honneur la porte d'un taudis noir de fumée et de crasse. Un tapis en lambeaux jeté dans un coin de la pièce constitue le mobilier.
GOLAM DE LA MAISON DU GOUVERNEUR DE CHIRAZ. (Voyez p. [465].)
PALAIS DE FIROUZ-ABAD. (Voyez p. [480].)
CHAPITRE XXVI
Séjour à Sarvistan.—Le palais de Sarvistan.—Départ pour Darab.—Retraite sur Chiraz.—La plaine de Kavar.—Modification du caractère des montagnes.—La Forteresse de la Fille.—Bas-relief sassanide.—Le palais de Firouz-Abad.
30 octobre.—Les douleurs durent sans interruption depuis deux jours. Elles s'exagèrent au moindre mouvement et ne permettent à Marcel ni de se mettre sur son séant ni de prendre d'autre nourriture que de l'eau de riz et du jus de grenade.