Le naïeb a pâli sous cette malédiction, comme s'il redoutait de la voir plus tard peser sur lui, et s'est retiré sans prononcer un mot.

Enfin nous avons fui Sarvistan!

A part la beauté des jardins et des vergers, je ne vois à signaler dans le village que le tombeau ruiné du cheikh Yousef ben Yakoub, bâti en 1341, mais modifié et agrandi depuis cette époque. Une partie de la construction est en pierre. La salle du tombeau, ornée de colonnes, est entourée d'un beau lambris de faïences à reflets métalliques formé d'étoiles cuivrées, réunies les unes aux autres par des croix d'émail bleu turquoise. L'effet général de cette décoration est charmant; mais, si l'on compare entre elles les étoiles, on s'aperçoit que l'émail métallique est quelquefois trop cuit, souvent pas assez, et que les plaques les mieux réussies n'ont cependant pas la beauté des émaux de Kachan ou de Véramine et ont été fabriquées en pleine période de décadence.

Avant mon départ, le naïeb a eu l'audace de me demander sa photographie. Je me suis donné le malin plaisir de le faire poser huit ou dix fois de suite, puis je lui ai déclaré que, n'ayant pas le temps de tirer une épreuve, je lui enverrais son portrait… plus tard. Croirait-on que cet abominable personnage a confié à l'un de ses serviteurs la mission de nous suivre et de prendre sa photographie quand je voudrais bien l'achever? Voilà un garçon destiné à voir du pays, j'en fais mon affaire!

PLAN DU PALAIS DE SARVISTAN.

En sortant du village, nous abandonnons le sentier de montagne qui porte le titre orgueilleux de «Vieille route de Bender Abbas», et nous voyageons pendant trois heures dans une vallée sauvage. Au fond de cette plaine couverte d'herbes sèches et dures s'élèvent les ruines imposantes d'un palais, dont l'aspect général rappelle celui des vieilles mosquées mogoles. Cette impression se modifie quand on pénètre à l'intérieur du monument; les briques énormes qui jonchent le sol, le tracé elliptique des arcs et de la coupole, les rares ornements qui garnissent les murs, présentent un caractère archaïque très prononcé.

La partie la plus intéressante de l'édifice est, sans contredit, la grande salle. Le dôme qui la recouvre est de forme ovoïde; il repose sur quatre trompes bandées entre les angles, et sur quatre pendentifs raccordant la base de la coupole aux faces verticales des murs. Ces dispositions permettent de faire remonter au moins jusqu'à l'édifice de Sarvistan l'origine de la coupole sur pendentifs, l'une des plus puissantes conceptions architecturales des Byzantins.

L'aspect du palais de Sarvistan est majestueux et imposant; l'étude de chaque partie de l'édifice est des plus attrayantes et prouve que les Iraniens, non contents d'établir une relation simple entre la montée et l'ouverture des arcs générateurs de la coupole et des berceaux, comprirent, à l'exemple des Grecs, la nécessité de ne jamais abandonner au caprice du constructeur la détermination des grandes lignes d'un édifice. Les Grecs calculaient les dimensions d'un temple en prenant pour unité le demi-diamètre moyen de la colonne; les Perses choisirent l'ouverture de l'arc comme base de leur système modulaire. L'architecte de Sarvistan n'a eu garde de s'affranchir des sujétions harmoniques et des règles sévères léguées par ses devanciers, sujétions dont l'usage s'est perpétué jusqu'à la fin du treizième siècle. Les infractions que l'on peut signaler à Sarvistan ne s'élèvent jamais au-dessus d'un centième de la cote moyenne. Elles doivent être attribuées à la négligence et à l'ignorance des chefs d'ateliers, et ne sauraient en tout cas infirmer l'emploi d'une théorie modulaire.

Sur les côtés de la salle centrale s'élèvent de longues galeries, divisées en travées par des contreforts portés à leur base sur des colonnes bâties en moellons grossièrement dégrossis. Les quillages sont lourds, les contreforts massifs; la corniche est uniformément composée d'un ornement en dents de scie compris entre deux listels. L'exécution technique de cette partie de l'édifice n'est nullement en harmonie avec l'habileté déployée par les architectes qui ont conçu le plan du palais et la hardiesse des maçons qui ont osé jeter les coupoles.