«—Accordé.

«—Ne va pas te dédire, a repris l'acquéreur, car aujourd'hui même Yaya, le sellier, m'a offert un cheval au moins aussi joli que ta jument; demain il ne sera plus temps de l'acheter.

«—Les saints imams m'entendent! Si je manque à ma parole, je t'autorise à couper dans ma chair une tranche de deux mescals[8]

[8] Dix grammes environ.

«Le lendemain, l'acheteur vint prendre livraison de l'animal.

«—Ma bête n'est plus à vendre, s'écria le marchand: j'ai reçu hier une bonne nouvelle. Un négociant de Chiraz qui me devait depuis de longues années une grosse somme d'argent va s'acquitter envers moi. Je puis donc continuer mon commerce, et dans ces conditions je n'ai plus aucun motif de me défaire d'une monture excellente.

«—En ce cas apprête-toi à me laisser prendre les deux mescals de chair que tu m'as promis au nom des saints imams. Je te laisse le choix: veux-tu que j'attaque la proéminence de droite ou celle de gauche? Tu es gras, il n'y paraîtra même pas.

«—Jamais, fils de chien! Me prends-tu pour un animal de ton espèce?»

«Les deux adversaires, ne pouvant s'entendre, allèrent soumettre leur cas à la sagesse du juge. Le digne magistrat représenta vainement au demandeur que l'exécution de cet engagement était aussi désagréable pour l'une des parties que peu profitable à l'autre, que les gigots d'un mouton feraient bien mieux son affaire que deux mescals de chair humaine; les plus sages exhortations ne réussirent pas à calmer l'impitoyable créancier.

«—Eh bien, puisque tu veux quand même obliger ton débiteur à acquitter sa dette, je vais ordonner aux ferachs d'étendre à terre ce malheureux et de te le livrer pieds et poings liés. Tu couperas en pleine chair les deux mescals qui te sont dus; mais, si le morceau détaché excède ce poids ou ne l'atteint pas, je fais tomber ta tête.»