«Le mollah Nasr ed-din reçut un jour en pichkiach une gazelle tuée par l'un de ses amis. Fort touché de cette attention, il invita le chasseur à dîner, et tous deux se régalèrent de gibier et de pâtisseries exquises préparées par les femmes du maître du logis. Le convive se retira fort satisfait, et publia dans toute la ville que le mollah Nasr ed-din n'était pas redevable à l'air du temps des roses de son teint et de la majesté de son embonpoint.

«Un gourmand alléché se présenta le jour suivant au logis du bon prêtre:

«—Je suis le frère de la personne qui vous a envoyé hier une gazelle.»

«Comment éviter de reconnaître par une seconde invitation la gracieuseté d'un ami? Nasr ed-din prie le nouveau venu à dîner.

«Le lendemain un autre étranger frappa à la porte:

«—Je suis le cousin du frère du chasseur qui vous a envoyé une gazelle.»

«Nasr ed-din, quoique à regret, se crut forcé de se montrer encore aimable et garda le cousin à souper. La réputation de la cuisine du mollah allait toujours s'affermissant.

«Le surlendemain arrivèrent deux voyageurs:

«—Nous sommes les amis du cousin du frère de l'ami qui vous a envoyé une gazelle.