«—Enchanté de vous recevoir. Permettez-moi seulement de faire part à l'andéroun du bonheur qui m'échoit en partage.»

«Et l'homme de Dieu s'en alla trouver sa femme:

«—Quand l'heure du dîner sera venue, lui dit-il, mettez un peu de graisse dans de l'eau chaude et faites porter ce ragoût au biroun.»

«—Pouah! quelle est cette drogue, mollah? s'écrièrent les convives en goûtant à la soupe. Avez-vous engagé Azraël (l'ange de la mort) pour cuisinier?

«—Ce bouillon ne serait-il pas à votre goût? Il est cependant l'ami du cousin du frère de celui que j'ai fait avec la gazelle que m'a envoyée l'ami du cousin du frère de votre ami!»


«Le mollah Nasr ed-din, un digne prêtre, comme vous venez d'en juger, possédait un âne de si agréable compagnie que ses paroissiens n'hésitaient pas, lorsqu'ils allaient faire du bois, à emmener l'animal et à le reconduire à son maître chargé d'une bonne provision de fagots.

«Poussé par l'esprit malin, le mollah ne s'avisa-t-il pas de dire au cours d'une conversation où chacun célébrait à l'envi les qualités de sa monture: «Mon âne est si intelligent qu'il va tout seul à la forêt, charge lui-même du bois sur son bât et rentre ensuite à la maison.»

«C'était commettre une grave imprudence et, pour un saint homme, faire preuve d'une coupable ingratitude.

«Les voisins de Nasr ed-din, ayant eu vent du propos, emmenèrent comme de coutume le baudet et, leur travail terminé, se retirèrent en l'abandonnant dans la campagne. A la nuit tombante, le prêtre, inquiet de ne pas voir rentrer son fidèle camarade, s'en alla trouver les bûcherons.