Tout en parcourant les jardins, Marcel n'a pas manqué d'adresser au naïeb son éternelle question:
«Connaissez-vous dans la contrée des bâtiments anciens, des koumbaz malè gadim (coupoles «bien de l'antiquité») pour tout dire en trois mots?
—A quelque distance du village, il existe une construction ruinée auprès de laquelle vous avez dû passer avant d'arriver à Ferachbad.
—Nous l'avons aperçue, en effet, mais l'obscurité ne nous a pas permis de l'examiner.
—Vous serait-il agréable de la revoir?»
Et aussitôt nous sommes revenus sur nos pas et avons fait seller nos montures: Marcel, son cheval de derviche; notre hôte et son frère, des juments magnifiques que l'on a parées de colliers et de brides couverts de lames d'argent entremêlées de rubis cabochons et de turquoises; moi, mon mulet aux longues oreilles.
«Prenez mon cheval, il vous appartient», est venu me dire un des jeunes fils du naïeb au moment de nous mettre en selle. A cette formule d'une politesse exquise, et sans plus de portée en Perse qu'au pays des castagnettes, je réponds par le refus obligatoire et je m'empresse d'enfourcher maître aliboron afin de couper court à des instances d'autant plus pressantes que mon interlocuteur est plus certain de ne pas voir ses offres prises au sérieux; puis nous nous mettons en chemin, suivis d'une quarantaine de cavaliers armés jusqu'aux dents. Je ne peux me faire d'illusions: nous faisons triste figure en tête du cortège. Je dois cependant rendre justice à mon mulet: cet animal intelligent, démesurément flatté de se trouver en si brillante compagnie, a fait les plus généreux efforts pour se donner les airs fringants d'un cheval de bonne maison. Par bonheur, le monument à visiter n'était guère éloigné du village, et nous avons pu faire le trajet sans avoir recours aux hi! ha! hu! au peder soukhta! (père brûlé!) et au peder cag! (père chien!) qui forment le fond de nos entretiens avec nos piètres montures.
Le petit édifice présente des analogies de style avec le palais de Sarvistan, mais il est bâti dans des proportions beaucoup plus restreintes.
Une particularité des voûtes mérite d'être signalée: les pendentifs, au lieu d'être liés à des murs pleins, reposent sur quatre piliers maçonnés. Cette disposition, qui avait été adoptée dans un des petits porches de Sarvistan, est caractéristique et permet d'établir un rapprochement nouveau entre la coupole byzantine et la vieille coupole perse.
Les raffinements de politesse de nos hôtes, les termes choisis avec lesquels ils s'expriment, le luxe relatif de leur installation féodale, font paraître plus étrange leur singulière ignorance du monde civilisé. Éloignés des routes de caravanes, habitués à ne jamais franchir les limites de leurs terres afin de ne point compromettre leur sécurité, privés de journaux arabes ou persans, la poste n'atteignant pas à cette partie du Fars, ils dépensent toute leur activité d'esprit dans un cercle fort restreint.