De mes fenêtres j'aperçois à l'horizon les hautes montagnes que nous venons de franchir, plus près d'Aharam d'immenses forêts de palmiers; à mes pieds s'étend le village de terre égayé par des touffes d'arbres perdues au milieu des maisons. Une population très brune de peau grouille dans les rues et forme, au coin de chaque porte, des groupes aussi vivants que colorés.
Pourquoi faut-il que les sources d'Aharam fournissent un breuvage tellement amer que les indigènes ne puissent eux-mêmes le tolérer, et qu'ils soient contraints de consommer l'eau de pluie recueillie pendant l'hiver, et conservée soit dans des citernes, soit dans des trous à ciel ouvert, au fond desquels elle croupit et se décompose! En goûtant ce liquide, j'ai cru, tant il était saumâtre, que, par erreur, on m'avait apporté le récipient à pétrole. La couleur m'a tranquillisée: le pétrole est blanc, l'eau d'Aharam plus brune qu'une décoction de tabac.
Je me suis procuré à grand'peine un peu de lait, puis, comme nous voyions la provision de citrons doux près de s'épuiser, nous nous sommes résignés à rester à jeun afin de mieux supporter les intolérables douleurs que donne la soif, ou de nous garantir des brûlures pires encore occasionnées par l'eau de citerne.
Soumis à un pareil régime, de malheureux voyageurs morts de fièvre et de fatigue ne se referont pas de sitôt.
LE BALAKHANÈ DU KETKHODA D'AHARAM.
VILLAGE DE GOUREK.
CHAPITRE XXVIII
Le village de Gourek.—Chasse au faucon.—Arrivée à Bouchyr.—Aspect de la ville.—Le port.—Le ver de Bouchyr.—La mort du çpâhçâlâr.—Départ de Bouchyr.