Consommateurs civils ou militaires diffèrent des Persans par leur type, leur costume et leur langage. A la longue gandourah, à l'abba, à la couffè que retient sur la tête une volumineuse corde de poil de chameau, on reconnaît immédiatement les Arabes de l'Hedjaz.
Après avoir franchi ce vestibule toujours très encombré, nous pénétrons dans une immense cour entourée de bâtiments de peu d'élévation, construits en terre crue et en stipes de palmiers. A notre droite trente ou quarante serviteurs épluchent des légumes, préparent des viandes et font cuire en plein air, dans huit marmites, dignes compagnes de la cafetière, un repas à rassasier Gargantua et ses hôtes. On croirait assister aux préparatifs des noces de Gamache.
En fait, s'il faut nourrir les chefs arabes qui fument sous une galerie, les derviches qui pérorent au milieu d'une troupe de soldats bien armés, les dormeurs étendus deci delà, le contenu des huit grandes marmites sera à peine suffisant.
Un vieil intendant nous introduit dans une chambre fort propre.
«Dès que le cheikh reviendra de la chasse, je lui annoncerai qu'Allah lui a envoyé des hôtes.
—Cheikh Djaber n'est-il pas infirme? Cette lettre du gouverneur ne lui serait-elle pas adressée?
—Mon pauvre maître n'est plus. Allah l'a rappelé à lui il y a quinze jours à peine, mais son fils, Meuzel, fera honneur aux recommandations adressées à un père regretté.»
Au coucher du soleil la maison s'ébranle des zirzamins aux terrasses: de toutes les salles sortent en courant des serviteurs. Derviches, toufangtchis et mariniers se joignent aux domestiques, se précipitent vers la porte et se rangent en ligne pour recevoir de nouveaux arrivants.
ENTRÉE DE LA MAISON DU CHEIKH DE FELIEH.