Un voile d'or ou de pourpre, une muraille d'argent, des tapis immenses jetés sur d'épaisses nattes de paille, de fins tissus accrochés en guise de lambris le long des murailles; au fond de la salle, le roi des rois assis sur un trône d'ivoire, entouré de ce nombreux cortège de courtisans si cher aux fastueux monarques de l'Asie, ne devaient pas produire une impression moins vive et inspirer un respect moins grand que le spectacle offert le soir par l'illumination du Tag, quand des milliers de lampes constellant sa voûte sombre luttaient d'éclat avec les étoiles.

L'ARC DE CTÉSIPHON, FAÇADE POSTÉRIEURE.

Le temps et les hommes se sont acharnés sur le colosse, mais la masse de l'édifice était si résistante que Romains, Arabes, Turcs n'ont pu avoir raison de son puissant squelette, et se sont contentés d'arracher lambeau par lambeau toutes les parties secondaires de la construction. Plus d'enceinte, plus de cour au-devant du grand talar, plus de salles sur ses côtés: seule l'ossature imposante du géant atteste toujours la puissance des rois de Ctésiphon. Les derniers hôtes du palais sassanide, oiseaux de nuit à la voix plaintive, corneilles à la noire livrée, s'épeurent au bruit de nos voix grossies par la résonance des voûtes, et, traversant à tire-d'aile la grande nef, nous abandonnent bientôt leur triste demeure.

Accorde ta lyre, ô poète, et, avant de la brûler et de couper tes doigts, redis-nous devant cette ruine désolée ta suprême lamentation:

«Illustre Kosroès, grand et fier monarque, héros magnanime, où est ta grandeur, ta majesté, ta fortune, ton diadème? Ton rang élevé, ta couronne, tes bracelets et ton trône d'ivoire, où sont-ils? Le salon où tes chanteurs se réunissaient la nuit? Les chefs de la citadelle et de la cour? Le diadème, le drapeau de Kaveh, tes glaives à la lame bleuâtre? Qu'est devenu ton noble Mobed Djanosipar, qui avait un trône d'or et des pendants d'oreilles? Où est ton casque, ta cotte de mailles dorée dont chaque bouton était orné d'une pierre fine? Et ton cheval Schebdiz à l'étrier d'or, le cheval qui frémissait sous toi? Et tes cavaliers aux rênes d'or qui faisaient du corps des ennemis le fourreau de leur épée?

«Ils désespèrent tous de ta vie.

«Où sont tes dromadaires, tes éléphants blancs, tes chameaux aux pas cadencés, tes litières dorées, tes serviteurs empressés? Et ta parole douce et persuasive, ton cœur, ton esprit brillant, où sont-ils? Pourquoi restes-tu ici seul et privé de tout? As-tu trouvé dans les livres un jour pareil à celui-ci? Il ne faut pas se targuer des faveurs de la fortune, elle a plus de poisons que de contrepoisons.

«Tu cherchais dans ton fils un ami, un soutien, et c'est lui qui t'a mis aux prises avec le malheur. Des rois trouvent dans leurs enfants une force, un abri contre les atteintes du sort, mais le roi des rois a vu diminuer sa force et sa puissance au fur et à mesure que son fils grandissait.

«Quiconque voit la situation de Kosroès ne doit pas se fier à ce monde. Que l'Iran ne soit plus à tes yeux qu'un amas de ruines, qu'un repaire de léopards et de lions! Le chef de la race iranienne, le roi dont la puissance était sans égale, meurt, et l'Iran meurt avec lui; les espérances de ses ennemis triomphent: voilà tout ce qui reste de défenseurs à celui qui accueillait jadis les plaintes de l'armée. La faute en est au grand berger si les loups se glissent aujourd'hui à travers les brèches. Dites à Shiroui: Roi sans vergogne, ce n'est pas ainsi qu'on traite un souverain; ne compte pas sur la fermeté de ton armée quand la guerre éclatera de tout côté.