Le Koran, par exemple, ordonne au mari de loger chacune de ses épouses légitimes dans une maison isolée et de les traiter toutes avec une égalité parfaite.

Ces installations multiples, les exigences chaque jour renouvelées de femmes naturellement jalouses et haineuses, amènent le chef de famille à entretenir un état de maison fort au-dessus de sa position sociale, et le forcent à gaspiller sa fortune en vaines dépenses. Quand les revenus ne suffisent plus, quand les Arméniens et les Juifs restent sourds à ses appels, le mari, se sentant ruiné et à bout de ressources, a recours aux «bénéfices».

Comment résisterait-il à la tentation et à l'entraînement général?

Les ministres, les gouverneurs, les chefs de la religion lui donnent l'exemple et dépouillent sans pudeur les particuliers. Les collecteurs d'impôts, les officiers, les chefs de village tripotent à l'envi les fonds dont ils ont le maniement; les intendants et les domestiques trompent leurs maîtres; le négociant dupe le client, et le client à son tour est bien malavisé s'il ne se venge pas de ses exploiteurs. Cette situation est d'autant plus grave que, suivant une expression énergique de mon mari, les femmes dans le harem sont devenues, comme les chevaux à l'écurie, des objets de vaine ostentation, et que leur nombre n'est plus en rapport avec les fantaisies amoureuses du maître, mais avec son orgueil et le rang qu'il aspire à occuper.

Les conséquences de la croyance à la prédestination ne sont pas moins funestes que l'autorisation accordée à un seul homme de prendre plusieurs femmes.

Le fatalisme vient au secours de l'incurable paresse des Turcs sunnites et leur fournit un prétexte à tout laisser péricliter. Dans quel but combattrait-on un fléau, une épidémie? A quoi servirait de prendre corps à corps la mauvaise fortune? «L'homme n'a-t-il pas son oiseau (sa destinée) attaché autour du cou?»

L'esprit ne se soumet pas volontiers à ce dogme, et les musulmans les plus fervents protestent, sans en avoir conscience, contre cette loi terrible, en introduisant dans la fatalité une sorte de limite d'élasticité. De même qu'un morceau de fer, à la suite d'une traction trop énergique, perd tout ou partie de sa force, de même le dogme de la prédestination ne résiste pas à une trop dure épreuve et éclate en maints endroits. Ainsi, à Constantinople, il existe des pompes manœuvrées par des pompiers qui s'évertuent à éteindre les incendies et ne s'en remettent plus au ciel de ce soin. Les ulémas de Stamboul eux-mêmes ont décidé que lorsque, en temps d'épidémie, le nombre des décès dépassait le chiffre de cinq cents, un musulman ne commettait pas une faute en quittant la ville pour échapper au fléau. Néanmoins le principe subsiste, et avec le principe ses conséquences funestes: l'insouciance et l'incurie.

Cette tendance à ne voir dans l'histoire de l'humanité que la réalisation des prévisions inscrites de toute éternité sur le grand-livre divin, jointe à l'instinct commun à toutes les races guerrières, a fini par faire des Sunnites les plus funestes des sectaires.

Aussi, dans tous les pays où Turcs et Arabes ont posé les pieds, la fertilité de la terre semble s'être tarie à leur contact.

Que sont devenues entre les mains des sectateurs de l'Islam les riches alluvions du Tigre et de l'Euphrate? Elles sont recouvertes de marais immenses, foyers de peste et de fièvre, dont nous subissons tout les premiers les funestes influences. Les terres, riches en humus, ne peuvent être mises en culture faute d'eau bien distribuée, et restent stériles. Le sang des races primitives n'a pas été modifié, mais il s'est appauvri sous l'influence de la polygamie, tandis que le nombre des habitants a diminué en raison directe des superficies de terres laissées en jachère.