«Qui était plus empressé à la paix, plus riche en science, qui avait une famille, une postérité plus pure?
«Qui proclamait l'unité de Dieu, alors que le mensonge associait à Dieu des idoles et de vains simulacres?
«Qui tenait d'un pied ferme au combat quand la déroute était générale, et se prodiguait dans le danger quand chacun était avare de sa vie?
«Qui était plus juste dans ses arrêts, plus équitable dans sa mansuétude, plus sûr dans ses menaces et ses promesses?
«… Pleurez, mes yeux; que vos larmes se mêlent à mes soupirs; pleurez la famille du Prophète!»
Ruiné, vaincu, asservi par les Arabes, l'Iran était demeuré mort pour les arts, depuis la conquête musulmane jusqu'à l'avènement des Guiznévides. Des peuples malheureux, des princes sans cesse occupés à guerroyer, devaient laisser tomber en ruine les palais de Sassan et se contenter de mesquines demeures de terre. Mahmoud le Guiznévide reprend les traditions royales, mais il élève ses grands monuments à Delhi, sa capitale. Seuls le minaret de Véramine et les tombeaux dispersés dans le Khorassan peuvent nous donner l'idée d'un art sobre, élégant et majestueux.
Ce ne sont plus ces constructions hybrides des puissants Achéménides, ce ne sont pas les massifs palais des rois sassanides, mais des monuments en briques, qui empruntent tout leur mérite au soin extrême avec lequel ils sont exécutés, à la beauté de leurs formes, à une solidité capable de défier le temps, si ce n'est les envahisseurs. C'est vraiment le type du bel art persan; l'architecture ira se modifiant à chaque siècle et selon les pays où le conquérant la transportera, mais elle affirmera ses anciennes traditions jusque dans les charmants tombeaux de la plaine du Mokattam.
Le onzième siècle amène au trône la famille des Seljoucides. Elle était déjà forte et nombreuse sous le premier Guiznévide, cette tribu tartare, et Mahmoud put avoir de son vivant comme une vision de l'avenir.
«Quelles forces pourriez-vous amener à mon secours? demanda-t-il, avant d'entreprendre une campagne, à l'ambassadeur de Michel, le chef seljoucide.
—Envoyez-moi ce trait, dit celui-ci en présentant au prince une des deux flèches qu'il tenait à la main, et il paraîtra cinquante mille chevaux.