—Est-ce tout? demanda Mahmoud.
—Envoyez encore celle-ci, et vous aurez encore cent mille guerriers, ajouta-t-il en offrant une seconde flèche.
—Mais, reprit le monarque, en supposant que je fusse dans un extrême embarras et que j'eusse besoin de toutes vos forces?
—Alors, répliqua l'ambassadeur, envoyez-moi cet arc, et deux cent mille cavaliers seront à vos ordres.»
Alp Arselan (le Lion Conquérant) met le sceau à la gloire de la dynastie en écrasant l'armée byzantine dans l'Azerbeïdjan et en s'emparant de Romain-Diogène, l'époux de l'impératrice Eudoxie. Son fils Malik chah étend les limites de l'empire, et chaque jour on prononce son nom de la Mecque à Samarkand, de Bagdad à Kachgar. Jamais empire plus vaste ne jouit d'une paix plus complète. Le sort des paysans est amélioré par la création de nombreux canaux; d'intéressantes observations astronomiques amènent des modifications dans le calendrier; des mosquées, des collèges embellissent toutes les villes importantes. Il faut faire honneur à cette époque brillante du charmant tombeau à toiture pyramidale de Narchivan, de l'imamzaddè Yaya, de la première mosquée de Véramine, de l'admirable médressè de Kazbin et, peut-être aussi, du Khan Orthma et de la médressè de Bagdad, aujourd'hui transformée en douane.
La littérature ne le cède pas à l'architecture. Dès le onzième siècle fleurit la poésie lyrique. Khakany fait sa cour à sultan Mahmoud et nous laisse une peinture, écrite en termes obscurs, de la cour des Seljoucides. Nizami compose le poème encore si célèbre Kosro et Chirîn et un ouvrage didactique, l'Iskender Nameh. L'homme de cour écrit des panégyriques exagérés, l'homme pieux se lance dans le mysticisme et atteint aux plus étranges conceptions du soufisme, vieille doctrine qui enseigne à attendre la suprême béatitude de l'abnégation de soi-même, du mépris absolu des biens d'ici-bas et de la constante contemplation des choses célestes.
Par un étrange contraste, Omar Kheyyam, le précurseur de Gœthe et de Henri Heine, publie ses immortels quatrains, singulier mélange de dénégation amère et d'ironie sceptique, et célèbre en termes réalistes le plaisir et les charmes de l'ivresse.
L'Envari Soheïli dépeint sous les plus vives couleurs la misère du Khorassan après le passage de la tribu de Ghus.
«En ces lieux où la désolation a fixé son trône, y a-t-il quelqu'un à qui sourie la fortune ou que la joie accompagne? Oui, c'est ce cadavre qu'on descend dans la tombe. Y a-t-il une femme intacte là où se commettent chaque jour d'odieuses violences? Oui; c'est cette enfant qui vient de sortir du sein de sa mère.»
«La mosquée ne reçoit plus notre peuple fidèle; il nous a fallu céder aux plus vils animaux les lieux saints. Convertis en étables, ils n'ont plus ni toits ni portiques. Notre barbare ennemi ne peut lui-même faire proclamer son règne à la prière; tous les crieurs du Khorassan ont été tués, et les chaires sont renversées.