«Une mère tendre aperçoit-elle tout à coup parmi les victimes de cette foule d'assassins un fils chéri, la consolation de ses yeux: depuis qu'ici la douleur manifeste est devenue un crime, la crainte sèche la larme prêle à couler; la terreur étouffe les gémissements, et la mère épouvantée n'ose demander comment est mort son enfant.»
Avec Toghal, second fils de Malik chah, finit la dynastie des Seljoucides de Perse (1193). Les Atabeks, petits seigneurs féodaux, profitant de la faiblesse de leurs maîtres, régentent les principales provinces de l'empire. L'un d'eux, un Atabek du Fars, bâtit la célèbre masdjed djouma de Chiraz sur l'emplacement d'un palais achéménide. Les vertus de son fils Abou Beker ben Sade ont pour chantre l'immortel Saadi, l'auteur du Gulistan (la Roseraie) et du Bostan (le Verger). Saadi est un soufi, mais un soufi dont la morale est pure et tolérante. Le douzième siècle s'enorgueillit encore de deux autres écrivains: l'un, Attar, compose un traité allégorique en cent mille vers, le Colloque des Oiseaux, et un traité de morale, le Pend Nameh, où il prêche l'humilité, la patience et la modération dans les désirs. Le second, Hafiz, le chantre enthousiaste du vin et de l'amour, confond volontiers la beauté plastique et la perfection idéale. Les luttes entre les Atabeks conduisent jusqu'à Djengis khan (1221). A en croire les auteurs persans, la horde conquérante laissa le pays en ruine. Des villes entières furent saccagées, les bibliothèques changées en écuries, les livres saints détruits et enfin, suprême sacrilège, les feuillets du Koran jetés en litière aux chevaux.
Djengis khan s'occupa néanmoins du bonheur de ses peuples. Il codifia les coutumes et les usages locaux et donna des institutions civiles et militaires, dont ne s'écartèrent guère ses successeurs.
Son petit-fils Houlagou (1258) prend Bagdad à l'instigation de son ministre Nasr ed-din. Ce parfait conseiller, doublé d'un astrologue accompli, avait lu dans les astres que la maison d'Abbas tomberait devant celle de Djengis.
Le règne du petit-fils d'Houlagou est brillant pour la Perse. Gazan khan est juste et sage, il fait revivre en les réformant les institutions de Djengis, rétablit un bon système de perception des revenus publics, impose des règlements aux auberges et aux caravansérails, réprime le vol et fixe la valeur des monnaies. Son influence s'étend même à l'extérieur de son royaume. Bien que, suivi de cent mille de ses soldats, il ait embrassé la religion musulmane, il lie des relations diplomatiques avec le pape Boniface VIII et, en haine des Turcs, engage le souverain pontife à lancer la chrétienté dans une nouvelle croisade.
Gazan khan était un constructeur habile; il ne reste malheureusement plus que des ruines informes de la mosquée élevée par ses ordres à Tauris. Au milieu des décombres on retrouve quelques carreaux estampés, des mosaïques de briques mêlées à des émaux turquoise ou bleu ladj verdi, couleurs introduites sous les Mogols dans la décoration monochrome inaugurée à l'époque de Mahmoud le Guiznévide et conservée par les architectes des rois seljoucides. C'est vers la même époque, sans doute, que fut construite cette belle mosquée de Narchivan dont la splendide tour permet à peine de soupçonner toute la magnificence.
Le frère de Gazan khan (1303) lègue à sa patrie la plus belle création architecturale de la Perse mogole: le tombeau de chah Khoda Bendè, qui domine encore de sa masse et de sa splendeur l'emplacement de Sultanieh. Si l'on croit les traditions, cette mosquée funéraire n'eût été que l'un des nombreux monuments de cette ville éphémère.
Les Mogols sont emportés dans la tourmente tartare, et, pour tout édifice, Tamerlan (1393) (Timourlang, Timour le Boiteux) élève sur son passage des pyramides de têtes humaines. «Un jour de combat, répétait-il à ses soldats, est un jour de danse. Les guerriers ont pour salle de fête un champ de bataille. L'appel aux armes et le son des trompettes sont leurs chants et leur musique, et le vin qu'ils boivent est le sang de leurs ennemis.» Que devint la Perse écrasée sous le talon du vainqueur? Les habitants de Kandahar, de Kaboul et d'Hérat, réduits à la mendicité, émigrent au loin; Sultanieh est prise et ruinée; les provinces soumises n'échappent pas au pillage et leurs habitants au massacre.
Les nombreux descendants de Tamerlan se disputent le pouvoir; puis la Perse est déchirée par les querelles des princes turcomans, appartenant aux dynasties des Moutons Blancs et des Moutons Noirs, ainsi nommés des béliers blancs ou noirs représentés sur leurs étendards. Entre deux combats, l'un de ces princes, Djehan chah (1404), élève cette merveilleuse mosquée de Tauris, le chef-d'œuvre de la décoration persane arrivée à son apogée. Non seulement les émaux turquoise et ladj verdi s'adjoignent, comme dans les édifices des Mogols, à la mosaïque de brique, mais les faïences découpées forment une véritable polychromie où les blancs, les noirs, les bleus sont relevés par un très léger appoint de vert et de jaune. Enfin les mosaïstes, au lieu de s'en tenir aux formes géométriques, composent de gracieux dessins et forment de véritables tableaux sertis dans un cadre de briques rosées. C'est de ce parfait modèle que s'inspireront les rois sofis lorsqu'ils élèveront les palais et les mosquées d'Ispahan.
Les productions littéraires des treizième, quatorzième et quinzième siècles sont nombreuses. Katibi, disciple de Nizami, compose une charmante fantaisie, le Narcisse et la Rose; Rachid ed-din écrit une histoire des Mogols; Moustofi de Kazbin établit une chronologie musulmane; Djami, soufi convaincu, donne le roman de Yousef et Zouleïka; Absal nous fait connaître l'état des esprits à la fin du Moyen Age dans son ouvrage les Effluves de l'intimité et de la sainteté.