[1] C’était au temps des châtaignes, — je m’en souviens, — je rencontrai en Aubagne — un jouvenceau — si gracieux et souriant — et qui me dit : « Je te veux du bien — et, si tu veux, heureux ensemble — nous deux serons ».
— Une châtaigne, c’est toi, Arlette. Tu n’es pas aussi rebondie — mais aussi brune et jolie ; et, ma foi, ce matin, tu t’es mal réveillée : tu n’as pas quitté ta coque et tu as beaucoup de piquants. On ne sait pas où te prendre.
— Ne me prends donc pas, fada. Une Arlette ne fait pas pour toi, que tu es trop lourdaud. J’ai un fiancé, d’abord.
— Et même deux, à ma connaissance, et peut-être trois. Mais toute l’affaire est d’en avoir un bon.
— Sois tranquille, j’aurai le choix, mon beau ! Et ce n’est pas toi qui plumeras la poulette.
— Tu pourrais dire la bécasse…
— Allons, allons, fit une vieille. De parole en parole, de galégeade en galégeade, vous allez en venir à vous faire peine…
Et, pour mettre en fuite les taquineries :
— On dit, poursuivit la vieille, que M. Jean d’Auriol est arrivé hier aux Mayons avec un Parisien, un jeune, qui fait des tableaux, des arbres en peinture, et aussi des portraits.
— Je les ai vus passer, dit Arlette, — qui se piquait de toujours savoir les nouvelles, — ils allaient chez M. Muraire.