— Le bon café à la sarrazine, comme le faisaient nos grand’mères, dit Augias.
— Il n’y a rien de meilleur, fit Arnet. Nous ne sommes pas de ces gens à qui il faut des cafetières à compartiments, monsieur Augias. Votre café est digne d’un roi.
— Maurin des Maures en a souvent goûté, de mon café, prononça M. Augias. Et c’était le roi de nos petites montagnes, celui-là !
— Et c’était mon cousin second, dit Arnet… Je suis conséquemment le cousin d’un roi et d’un roi républicain, dont le souvenir réjouira encore les enfants de nos enfants ! Je l’ai suivi souventes fois à la chasse, ce Maurin, acheva Arnet en souriant. Il avait de bonnes idées et de bonnes jambes.
— Et du bon sens, dit M. Augias.
— Quand je parle, poursuivit Arnet, il m’arrive, beaucoup souvent, de m’apercevoir que je répète des choses que Maurin a dites, et, alors, par là, je suis sûr de bien dire et d’être approuvé. Et, si aujourd’hui, je viens vous voir, c’est justement pour vous parler comme il aurait pu le faire, monsieur Augias. Et je viens de la part de mon ami Bouziane.
— Je vous écoute.
— Voilà, dit Arnet en humant son café et en allumant sa pipe ; le fils Bouziane…
— Victorin, souligna M. Augias.
— Oui, Victorin, qui est fils unique, avance vers l’âge de se marier, quoiqu’un peu jeune, n’ayant que vingt ans, comme vous savez, et c’est un brave « pitoua ».