— Reste au pays, lui auraient-elles dit, reste attaché à la terre, sous le bon soleil d’ici. Ne va pas là-bas, sous les pluies et dans la boue. Nos sœurs de l’an passé y sont mortes misérables. On les a ramassées par milliers, aux heures grelottantes du matin, parmi les vils déchets des grandes cités. Tu la connais pourtant, la chanson de Cigalous.
Et toutes, en chœur, à voix menues, auraient chanté, sous les touffes vertes, leur chanson parfumée, exhalée dans les souffles d’automne :
Oh ! Cigalous, pourquoi quitter ta chère vieille,
Ton père et tes amis, nos braves bûcherons ?
Ne pars pas, Cigalous ; c’est nous qui t’aimerons.
Mais les petites violettes ne parlent pas. Et Victorin, décidé à l’exil, préparait avec soin son propre malheur. Cette décision, et le trouble où elle le mettait, se trahissait au-dehors. Et la mère Bouziane disait au père :
— Comme il change, notre Victorin ! Cette fille l’a désavié.
Elle ajouta :
— Ce matin, quand j’ai étalé, là-haut, dans la chambre à côté de celle du grand-père, les bouquets de violettes pour lesquels je ne trouve plus une place en bas, tant il y en a cette année, — et pendant que je commençais à les compter et à les aligner dans les corbeilles, l’esprit du grand-père s’est réveillé, et il m’a appelée : — « Norade ! »
Le père Bouziane devint attentif :