Où étaient-ils, les hommes de France ?

Dans les villes, dans les bourgades et les hameaux ; et tous, comme si partout un messager inconnu eût donné un mot d’ordre, tous songeaient :

— Eh bien, tant mieux ! Il fallait en finir avec la sourde malice allemande. Nos enfants ne vivront pas, comme nous, dans une inquiétude secrète et humiliée. Tant mieux ! On va se battre pour l’avenir des enfants et la libération de la terre !

XXVII
CONCORDE

Victorin, s’attendant à être appelé d’un instant à l’autre, alla prendre congé de son ancien maître.

— Ah ! Victorin, lui dit M. Augias, si tu rencontres mon fils, donne-lui de bons conseils ; il me rend bien malheureux. Il est de ta classe. Pourvu qu’il ne fasse pas quelque sottise. Tu vois comment un fils peut faire souffrir un père. Le tien ne te dit pas son chagrin, il ne dit que sa colère de te voir lui désobéir. Il est encore temps pour toi de rendre heureux tes parents. Penses-y. Tu pars volontiers, j’espère, pour défendre notre pays ?

— J’aimerais mieux, bien sûr, qu’il n’y ait pas la guerre, maître Augias, mais, du beau (moment) qu’elle arrive, je comprends bien qu’en défendant la France, chacun défend son village, sa maison et sa famille, comme vous me l’avez souvent répété. Alors il n’y a pas à tant s’arraisonner. Le plus tranquille devient furieux quand les voleurs entrent chez lui. D’ici, nous ne les voyons pas ; c’est ce qui fait que beaucoup n’ont pas tout de suite la grande colère qu’il faudrait. Mais en réfléchissant un peu, on doit très bien s’imaginer que ce qu’ils font là-bas, dans le Nord, ils nous le feraient ici, chez nous, si on les laissait arriver. Alors, il faut se défendre, et ma réflexion me dit qu’il faut partir volontiers.

— Bonjour, monsieur Augias, dit Arnet qui arriva sur ces mots… Tu pars, Victorin ?

Le braconnier soupira :

— Dommage que je sois trop vieux pour t’accompagner.