Et, quand ils furent dans le sentier rocheux et sonore :

— Tu avais raison, Victorin. D’ici, je la retrouve mieux, notre terre. Et elle parle toute. Elle dit la résine. Une perdrix, là-bas, rappelle. Voici que le sentier descend. Nous allons entrer dans la plaine qui est vôtre. Nous y sommes. Ça sent la vigne. Je ne m’en serais pas aperçu autrefois. Il a dû pleuvoir hier une pluie d’orage, ce qui a permis de labourer ce matin ; — je le comprends, attendu que, maintenant, ça sent les mottes fraîchement retournées ! O Victorin, arrêtons-nous un instant. Je ne labourerai plus, moi, de peur de ne pas tracer droit, mais je me revois derrière la charrue, je crois tenir les guides dans ma main. Tout ce que je ne sentais pas autrefois m’entre aux narines avec ce petit ventoulet si tiède. Un grand soleil tape sur moi et je sue au travail, je m’arrête pour respirer. Je sais que je fais un travail utile à nous tous. Je n’y avais jamais beaucoup réfléchi. Je suis fier d’être un paysan. O Victorin ! plains l’aveugle, qui jamais plus ne conduira l’araire et ne verra plus la grande lumière pleuvoir sur les blés et sur les vignes. Et toi, qui as le bonheur de regarder encore ces choses, de vraiment revoir le pays avec tes yeux, aime-le, Victorin, et, tant que tu pourras, jamais ne le quitte !…


Le soir, à la table paternelle, où il venait de s’asseoir :

— Mon père, dit Victorin, grand-père avait raison. Demandez, je vous prie, aux Revertégat s’ils veulent toujours me donner Martine, et à Martine si elle veut encore de moi.

Le mari regarda sa femme, qui, debout, les servait ; la femme regarda son homme ; ils se virent émus aux larmes.

— Femme, dit Bouziane, viens t’asseoir à table près de ton fils, que, peut-être, les jambes te doivent trembler un peu.

La femme, apportant pour elle une assiette et un verre, vint prendre place entre le père et le fils.

— Mangeons, dit Bouziane. Mange et bois, garçon, que tu dois avoir un fameux appétit et une fameuse soif, après tant de batailles !

Ils soupèrent en silence ; puis, au fromage :