— Elle est là !
D’instinct, il avait baissé la voix.
Derrière lui, Martine, attentive, cherchait à voir, elle aussi, sans y parvenir, la rusée bestiole.
— Regarde, dit Victorin, le fin bout de mon roseau. Il te dira où elle est. Je vais le mettre tout contre elle, juste sous ses gros yeux qui lui sortent de la tête.
Ainsi fit-il. Le fin bout du roseau s’est arrêté devant l’insecte, qui croit voir, sans doute, une des branchettes de l’arbre remuée par le vent. Si le chasseur sait manœuvrer son roseau assez lentement, sans secousses, il parviendra même à effleurer la cigale, qui, parfois, tout à coup, levant une de ses frêles mignonnes pattes, la pose sans méfiance sur l’obstacle inattendu.
— Ah ! je la vois ! cria Martine…
Et l’insecte s’envola.
Il fallut recommencer la tentative.
— Tu l’es ou tu le fais ? cria, de loin, du haut d’un chêne, l’un des rusquiers, demeuré attentif à la chasse du jeune patron. Et ce cri peut se traduire : « Es-tu un nigaud, ou t’amuses-tu à le paraître ? »
Mais c’est tout de bon que les deux enfants se passionnaient pour leur chasse ; d’autant plus qu’à présent le démon de la revanche les surexcitait.