Ce fut Martine, cette fois, qui, la première, aperçut une cigale.
— Là, là ! A la fourche de ces branches. Elle en frissonne toute. Tu ne vois pas ses ailes qui remuent ? On dirait qu’il en sort des étincelles.
Mais l’insecte, se sentant observé, modifiait la sonorité de son instrument ; et la singulière chanson, comme une voix de petite fée malicieuse, semblait venir tantôt du pied de l’arbre, tantôt de la cime, et déconcertait le chercheur.
— C’est drôle, murmurait Martine, on dirait qu’elle est partout.
Victorin lui fit, de la main, signe de se taire ; et le bout du roseau s’étant posé devant la cigale, sur la branche, — lentement se rapprocha d’elle. Le chant s’arrêta.
— Fais vite, chuchota Martine.
A voix très basse, Victorin ne put s’empêcher de répondre :
— Tu ne veux donc pas te taire ? Elles ont de la chance, les cigales, que leurs femelles sont muettes ! Tu vas encore me faire partir celle-là.
Mais non. L’insecte reprit sa chanson. Puis, attiré par la fine tige du roseau qui semblait frémir d’un mouvement naturel, il se rapprocha un peu, en faisant de nouveau silence. Alors, bien doucement, Victorin se mit à siffler un air très rythmé, destiné à étonner l’insecte et à lui faire oublier le piège.
En effet, quand le roseau fut près de la toucher, la cigale ne l’attendit pas ; elle alla vers lui, ses petites pattes s’y accrochèrent. Elle était posée sur le piège. Le roseau, se soulevant, l’emporta. Victorin sifflait toujours. Lentement, très lentement, il dégagea son roseau de l’arbre ; et, s’éloignant de Martine, il l’abaissa vers elle d’un mouvement continu et prudent.