Il sifflait toujours ; et l’on entendit à nouveau la voix lointaine du rusquier qui criait :
— Et alors ? tu l’es ou tu le fais ?
Victorin présentait à la jeune fille la cigale chantante au bout du roseau. Elle n’avait qu’à étendre la main, mais ni trop doucement ni trop vite.
Ce fut trop vite ; cette cigale, comme la première, s’envola.
Le jeune homme, impatienté, jeta sa « canne » dans la broussaille.
— Nous en avons pourtant pris bien des fois de cette manière, dit-il, quand nous étions petits, mais il faut croire qu’en grandissant, du moins pour attraper les cigales, tu as perdu le gaoùbi (l’adresse).
Martine baissa la tête d’un air confus. Peut-être reconnaissait-elle que, depuis un moment, une manière d’émotion la gagnait, à jouer ainsi avec Victorin ; un trouble léger, léger, juste de quoi mettre en fuite une cigale.
— Que dira mon petit filleul, murmura-t-elle, si j’arrive sans ?
— J’ai la main plus sûre que toi, dit Victorin, je vais t’en apporter une, la même ; je l’ai vue qui s’est reposée dans le même arbre.
Il bondit vers une basse branche à laquelle il se suspendit à deux mains et se mit à s’élever avec lenteur vers les plus hautes et les plus faibles, où, malgré tout, la cigale s’obstinait à chanter. Victorin montait. Un moment, il s’arrêta, une branche craquait sous lui, elle se rompit. Et, brusquement, ce fut la chute…