Martine, épouvantée, s’agenouilla près de Victorin, qui, couché à terre, les yeux fermés, demeurait là, immobile, comme assommé.
Arlette, qui les épiait là-bas, depuis le matin, accourut ; mais quand elle le vit étendu, comme mort, quand elle vit du sang couler de la tempe égratignée, elle prit, sans le vouloir, le parti que prennent, dans les romans qu’elle avait lus, les dames de la ville : elle s’évanouit.
Sans même la regarder, Martine saisit à pleins bras le corps presque inerte du jeune homme, se redressa avec son fardeau ; et, d’une marche pénible mais ferme, prit le sentier qui la ramenait vers sa carriole. Prévenus par l’un d’eux, les rusquiers arrivaient. En les croisant :
— Arlette est par là, évanouie ; occupez-vous d’elle, leur cria-t-elle.
Mais tous, comme s’ils n’avaient pas entendu, la suivirent, l’aidèrent à porter le blessé, qu’ils étendirent sur un lit de fougères, dans la carriole.
Victorin sortit enfin de son étourdissement, et ses yeux rencontrèrent aussitôt ceux de sa petite amie penchée sur lui :
— Au diable tes cigales ! dit-il. Celle-là m’a assommé. Sans compter qu’au moment où je suis tombé, j’étendais la main pour la prendre ; et, sur ma main, par moquerie, elle m’a lancé son petit jet d’eau, fin comme un cheveu… Ils sont jolis, les tiens, de cheveux… Mais au diable les cigales !
— Où te sens-tu mal ? dit-elle.
Il agita tous ses membres.
— Rien de cassé, dit-il ; mais au diable tes cigales ! Dis à Louiset, ton petit filleul, que je lui ferai une cage pour les mettre, mais qu’il se les cherche lui-même.