Et alors, le beau garçon et la belle fille, s’étant bien regardés, se moquant tout à coup l’un de l’autre à cause de leurs trois déconvenues successives, partirent ensemble d’un même éclat de rire, que sembla imiter un picatéou (pic) qui traversait la forêt.
Pendant ce temps, Arlette, rouvrant les yeux et ne se croyant pas seule, ne manquait pas de prononcer la phrase que disent, au sortir d’un évanouissement, toutes les princesses de feuilleton :
— Où suis-je ?
VI
MONSIEUR GUSTIN
Bien dépitée de n’avoir attiré l’attention de personne, Arlette, revenue de son évanouissement réel et cependant théâtral, reconnut bien vite l’endroit où elle se trouvait ; et, guidée par la voix des rusquiers, se rapprocha d’eux. Victorin, ragaillardi par un coup d’aïguarden, avait repris son travail.
Martine, là-bas, sur sa carriole, regagnait sa bastide.
Comme elle regardait au loin devant elle, elle vit un piéton qui, l’apercevant à son tour, quitta vivement la route et se lança, d’une allure suspecte, dans les taillis voisins, où il disparut.
— Quelque féna, pensa-t-elle sans s’émouvoir.
Elle ne l’avait pas reconnu.
C’était Augustin, le fils du vieil instituteur. Il se cachait, ne voulant pas entrer en conversation avec des gens de son endroit.