Sur les fougères, à l’ombre, il s’étendit paresseusement et s’endormit jusqu’à l’heure où, le soir venant, il supposa que tous les travailleurs s’étaient récampés (étaient revenus des champs).
A ce moment, il se leva et regagna le chemin ; mais sa prudence ne lui avait pas dit qu’il était proche d’un tournant ; et quand il franchit le petit fossé qui borde la route, il faillit bousculer une passante.
— Oï ! bou Diou ! que tu m’as fait peur ! cria-t-elle… Té, c’est toi, Gustin ?
— Eh oui, Arlette.
— Et comment te va ? qu’est-ce qu’on dit à Marseille ? Est-ce vrai que tu as une belle place chez un banquier ?
— Oui, dit-il, frôlant et esquivant la vérité. Je suis devenu homme de bureau.
Il l’était, en effet ; et il serait mort volontiers plutôt que d’avouer qu’il tenait, dans des bureaux, non pas la plume mais le balai.
— Eh ! reprit-il, tu es toujours gente et de figure et de tournure, Arlette ! Et je pense, toujours aussi coquette ? Je me rappelle que pas une de nos femmes ou jeunes filles d’ici ne sait, comme toi, tenir une ombrelle.
Arlette rougit, honteuse d’apparaître aux yeux d’un tel homme avec ses vêtements de travail.
— Si je ne suis pas fierte aujourd’hui, dit-elle en manière de défense, c’est que je suis allée travailler dans le gros bois ; alors tu sais, on s’habille expressément pour ça de la plus mauvaise manière… mais toi, que tu es magnifique avec cette lévite courte.