Elle laissa Gustin la serrer contre lui… il faut avoir des amis partout…
Au couchant, par-dessus Gonfaron, au bas d’un ciel vert pâle, s’enflammait un horizon de pourpre et d’or en fusion ; mais Arlette ou Augustin n’avaient jamais songé à regarder les soleils couchants, pas même pour deviner s’il pleuvrait le lendemain ou si l’on pourrait travailler aux champs.
VII
LA POIGNE DU VIEIL ARNET
Ce que le jeune Augustin Augias craignait surtout, c’était de n’être pas reçu par son père, avec qui il avait eu autrefois des scènes violentes.
Il avait donc résolu de le surprendre. Il le surprit. A l’heure du repas, il arriva sur la terrasse de la maison paternelle. La porte était ouverte au bon air du soir. Augustin était arrivé du côté opposé à la fenêtre. Le père préparait sa table, y disposait une nappe de tissu grossier mais d’une parfaite blancheur. Il faisait jour encore. Et distrait par ses pensées habituelles, le vieil homme, s’oubliant, s’assit… il songeait :
— L’école primaire ne devrait pas être comme une salle fermée. L’enfant devrait savoir que s’il montre une intelligence d’élite, il en sortira pour entrer dans les écoles secondaires — et, de là, s’il en conquiert le droit, dans les écoles supérieures. Alors, vraiment, nos écoles populaires seront comme des réservoirs fécondants…
Maître Augias méditait d’écrire ses idées sur la question de l’enseignement primaire, de confier son étude à un député de sa connaissance.
— C’est cela, murmura-t-il presque à voix haute, il y a deux premières réformes à obtenir : 1o L’école doit être affranchie de la politique ; la nomination de l’instituteur ne doit dépendre que de ses chefs naturels, les inspecteurs d’Académie ; 2o Elle doit conduire automatiquement aux écoles secondaires les enfants qui montrent une intelligence supérieure.
Et il souriait, le brave homme, à ses bonnes pensées… Quelqu’un entra. Ayant levé les yeux, il ne reconnut pas son fils tout de suite, et dit :
— Que demandez-vous, Monsieur ?