— Papa ! murmura Augustin qui fit un pas, avec le mouvement de s’incliner vers le vieux père.
Maître Augias se recula un peu ; ce mouvement était involontaire et révélait ses sentiments à l’égard du jeune homme.
Il reprit avec intention le mot qui lui était échappé :
— Monsieur ? dit-il.
Et s’arrêta. Puis, après un instant :
— Est-ce là une façon de s’introduire chez les gens, sans crier gare, à la nuit commençante, sans frapper à la porte ? La maison de votre père est-elle moins respectable que toute autre ? Chez qui vous serait-il permis d’entrer ainsi ?
— Je craignais, dit Augustin, de n’être pas reçu si je vous avais prévenu.
— Ce n’est pas une excuse, dit Augias. Si j’ai décidé de ne plus vous voir, vous devez respecter ma volonté. N’ai-je pas mis certaines conditions à votre rentrée ici ? Si vous les aviez remplies, vous n’auriez pas craint d’être repoussé. Et si vous ne les avez pas remplies, que venez-vous faire ? Que me voulez-vous ? Je suis vieux et malheureux par vous ; pourquoi troublez-vous les derniers jours de mon existence ?
Le vieillard se tut. Il souleva sa lampe et considéra un instant le voyageur ; il remarqua ses souliers poudreux :
— Vous êtes venu à pied de Gonfaron ? dit-il.