— Non, du Luc.

— C’est un peu loin.

— J’ai eu peur de rencontrer à Gonfaron des gens de connaissance.

— Et pourquoi peur, si vous n’avez rien à vous reprocher ?

Augustin se tut, indifférent, le visage inexplicable.

— Avez-vous faim ? dit le père.

— Je n’ai pas mangé depuis ce matin.

Le vieil homme, qui allait commencer son repas, se leva et, montrant sa chaise :

— Asseyez-vous et mangez. Moi, je ne pourrais plus ce soir. Le pain ne passerait pas. Mais je suis vieux ; un repas manqué, le soir surtout, ça n’a pas d’inconvénient pour moi ; vous, vous êtes jeune, vous avez besoin de vous faire des forces ; mangez. Nous causerons après.

Le jeune homme, affamé, se mit en devoir de faire honneur au potage, au bœuf bouilli, aux olives, aux figues sèches. Le père le servait, allant et venant du placard à la table, où le fils, sans rien dire, ne perdait pas un coup de dent.