En présence de cette scène, un indifférent eût été attendri ; mais Augustin demeurait énigmatique. Le jeune révolté mangeait, et c’était bon ; voilà tout ; que son père souffrît, il l’ignorait.

Ce repas, dont la durée fut douloureuse au père, prit fin cependant. Quand Augustin se versa le coup de la fin, abondant, Augias lui dit :

— Que venez-vous chercher ici ? A votre âge, on doit se suffire. Quelle sorte de place occupez-vous à Marseille ?

Augustin évita de répondre directement à cette dernière question.

— Mes appointements sont insuffisants, dit-il ; c’est une honte, dans une maison où on remue l’or à la pelle. Je ne vois pas pourquoi le directeur est payé plus que moi. Nos travaux sont différents, mais si les miens sont indispensables, ils valent autant. Il faut proclamer l’égalité des salaires pour l’amiral et le matelot.

Maître Augias écoutait avec ahurissement.

— Et aussi, je pense, pour le fainéant et le bon travailleur, dit-il avec amertume.

— Mais certainement ! répliqua Augustin, en relevant la tête d’un air de défi.

— C’est-à-dire que tu voudrais établir le règne de l’injustice au nom d’une égalité matérielle qui n’est pas réalisable, car le fainéant se trouverait avoir mangé ou bu le lendemain son salaire de la veille, tandis que le bon travailleur l’aura mis de côté pour ses enfants. Ton égalité de salaires tendrait à supprimer l’émulation qui fait le progrès des nations.

— Je ne veux pas que mon voisin me domine.