Et comme, ayant aperçu, sur le chemin, Victorin encore un peu éloigné, elle avait couru vers lui, il n’avait pu s’empêcher de lui dire :
— Qu’est-ce qui t’arrive de si heureux aujourd’hui ? Tu parais toute en bonheur. C’est pourtant là-bas qu’était la fête ; pourquoi n’y es-tu pas venue ?
La belle fille se ressaisit :
— Des fêtes où il y a tant d’hommes des villes, je ne les aime pas beaucoup, dit-elle aussi froidement qu’elle le put.
Et, parlant comme malgré elle, elle s’entendit prononcer ces paroles qu’elle aurait voulu reprendre aussitôt :
— Et puis, pour te voir danser avec une Arlette, tu sais… Ce n’était pas la peine de me déranger.
Il éprouva comme un petit choc au cœur. Et, charmé dans son orgueil d’homme :
— Est-ce que tu serais jalouse ? fit-il en souriant.
— Jalouse, moi ? d’une Arlette ? Ah ! bien non ; mais j’ai pour elle tout juste les sentiments que sentent à son endroit tes père et mère. Demande-leur si ça leur ferait plaisir à eux de te voir danser avec Mlle Arlette des Mayons ?
— Et comment sais-tu que j’ai dansé avec elle ? fit Victorin très amusé.