— Je n’en savais rien quand je l’ai dit ; je le sais maintenant que, par ta réponse, tu me l’apprends toi-même. Et ce n’était pas difficile à deviner.
Ainsi causant de bonne amitié, ils revenaient vers la maison.
— Et alors, jeunesses ? cria le père Revertégat, vous vous le comptez au plus juste ? Beau temps, où vos père et mère étaient comme vous ! Allons, venez vous mettre à table. Le lièvre, c’est ma chasse, et les perdreaux, celle de Bouziane. La salade fère sent bon l’aïé ; et l’on se passera de soupe, vu qu’avec tout le reste, il y aura de quoi se remplir le ventre à faire péter la courroie.
La table était dressée dehors sous les mûriers.
— De la soupe, dit misé Bouziane, je n’en ai fait que pour le grand-père. Déjà il l’a mangée. S’il manque une aile à l’un des perdreaux, ne vous étonnez pas, c’est lui qui s’en est régalé. Un verre de notre vieux vin par-dessus, et il s’est rendormi, le grand-père, avec l’air d’un bienheureux.
Par une ruse de femme, misé Bouziane avait pris soin de séparer à table les deux jeunes ; en sorte qu’ils commencèrent bientôt à se désirer d’être un peu seuls ; et, dès le repas fini, tous deux s’en allèrent hors de l’abri des vieux mûriers, sur l’aire, encore toute luisante de pailles entassées, sous le grand plafond d’azur noir piqué d’étoiles qui faisait dire à Victorin :
— Si on ne dirait pas qu’on regarde un grand crible à travers lequel on verrait trembloter un grand feu.
Pendant qu’ils s’éloignaient, les Revertégat et les Bouziane clignèrent des yeux les uns vers les autres, mais ils continuèrent à parler d’autre chose.
Tout à coup :
— Chut ! fit Revertégat.