— C’est joli, tout de même, ces deux voix mariées, disaient les Revertégat et les Bouziane.
De nouveau, les deux couples des parents échangèrent un malicieux regard d’intelligence.
Et, là-bas, sur l’aire, quand elle eut chanté seule son dernier couplet, Martine, comme alanguie, dans la tiédeur de la nuit, sous la caresse d’une brise chargée de la senteur des pinèdes, se renversa sur la paille rafraîchie de rosée. Un singulier bien-être détendait son corps souple. L’éternel amour sortait de toutes les choses, avec la chaleur que, depuis l’aurore, elles avaient bue à longs traits. La terre ardente exhalait l’esprit du jour ; quelque chose de plus fort que toute volonté humaine pénétrait la chair des deux jeunes créatures. Victorin, en ce moment, n’aimait pas Martine plus qu’il n’aimait Arlette ; mais il aimait la vie impérieuse, et il la ressentait mieux qu’au bal tout à l’heure, parce qu’il était sous la magie de la saison et de l’heure.
Alors, comme Martine, immobile, subissait le même enchantement, il s’étendit à son tour sur les pailles bruissantes, il en prit une, et, rampant avec lenteur vers la jeune fille, le bras tendu, du bout de la paille frémissante, il lui caressa les cheveux.
Cette caresse la fit frissonner toute. D’un bond, elle se leva toute droite et s’encourut vers la maison.
— Eh bien, Martine, vous avez chanté comme deux anges ! Et le chanteur, qu’en as-tu fait ?
— Il est là qui vient, je pense, dit-elle avec calme.
Pour la troisième fois, les parents échangèrent un joyeux regard de complicité.
XIII
L’INSTITUTEUR ET LE PRÊTRE
Maître Augias était le correspondant d’un journal de Marseille. Et M. le curé, celui d’un journal religieux qui se publiait à Aix-en-Provence. M. le curé n’avait pas assisté au banquet des Amis de Maurin ; mais cette fête l’intéressait et il avait prié maître Augias de lui en communiquer le compte rendu. C’est pourquoi, le lendemain du banquet, l’ancien instituteur se rendit chez le curé. Les deux hommes s’estimaient et ne s’en cachaient point.