Chez M. le curé, maître Augias trouva un visiteur, à qui, dès son entrée, il fut présenté en ces termes.

— Monsieur le Doyen, j’ai la satisfaction de vous présenter Monsieur Augias qui fut autrefois instituteur aux Mayons. Il jouit ici de la considération et de la sympathie générales. Monsieur Augias est un des rares citoyens de France qui comprennent qu’on peut être prêtre sans être clérical, le cléricalisme n’étant, à ses yeux, que l’intrusion du prêtre dans la politique.

Le doyen tendit la main à maître Augias. Le curé nomma le doyen :

— Notre doyen, Monsieur Delmazet, curé de Z… et, par conséquent, notre voisin.

Tout de suite, maître Augias exprima la crainte qu’il avait de déranger les deux prêtres ; il manifesta l’intention de se retirer.

— Je reviendrai, dit-il après s’être excusé. Je reviendrai dans un autre moment, monsieur le curé, vous conter les incidents de la fête littéraire d’hier.

Le curé se mit à rire :

— Le banquet de Maurin, dit-il, était installé sous les fenêtres de l’école, et votre jeune confrère, notre instituteur, m’avait invité à prendre place dans une salle du rez-de-chaussée, d’où, à travers les persiennes, j’ai pu entendre les joyeux et savoureux discours des Amis de Maurin. La présence de plusieurs dames m’assurait, par avance, la convenance des propos.

— Il ne faudrait pas toujours s’y fier, dit maître Augias ; comme le latin, le provençal, dans les mots, brave quelquefois l’honnêteté. Et vous vous exposiez à en entendre de salées.

— Il faut croire qu’on se les racontait à voix basse, car je n’ai rien perçu de tel. Ce que j’ai entendu n’était que bonne et loyale gaîté.