Et comme Arlette s’éloignait, elle s’entendit rappeler. Elle portait si haut la tête que la comtesse venait de s’apercevoir que le chapeau d’Arlette était démesuré, hérissé de plumes un peu pelées et de couleurs flamboyantes.

— Vous venez d’arriver à peine, Mademoiselle ?

— Pourquoi, Madame la comtesse ?

— C’est que, dit la châtelaine qui s’amusait, c’est que vous portez là un chapeau de ville, comme si vous alliez sortir pour visiter les belles rues de Marseille.

— Madame la comtesse, je suis enrhumée et forcée de garder mon chapeau sur ma tête.

— Vous le quitterez du moins pour servir à table, j’espère ? lui fut-il répondu avec un sourire.

— Si c’est une obligation, Madame la comtesse, je ne saurais y souscrire, dit Arlette, hautaine, je suis entrée ici pour faire un service au sujet duquel on n’a aucune observation à me faire, car je suis au courant. Pour ce qui est de servir à table, je le ferai volontiers aujourd’hui, par complaisance, mais avec mon chapeau si le soin de ma santé me l’impose.

— J’aime à voir la fierté de votre âme, dit gravement la comtesse.

Arlette se rengorgea — et sortit avec l’allure d’une amazone victorieuse.

Monseigneur de Fréjus et Toulon fut, par précaution, informé des prétentions de Mlle Arlette, dont le chapeau empanaché tournait autour de la table comme un gigantesque papillon en délire. Personne ne pouvait s’empêcher de regarder la donzelle. Elle se croyait admirée, — et, distraite par tant de regards flatteurs, elle renversait minutieusement un peu de toutes les sauces à la droite de chacun des convives.