Huit jours après, Arlette, remerciée sous un prétexte, n’était plus lingère au château.

— Tu comprends, disait-elle à Victorin, je leur ai fait comprendre ma liberté ; et les nobles n’aiment pas ça.

Et, un jour, comme elle répétait, pour la vingtième fois, à Victorin, cette histoire et cette conclusion, en présence de maître Augias :

— Ma pauvre fille, lui dit le vieil instituteur, que vois-tu d’avilissant dans la profession, bien comprise, de domestique ? Bien compris par le maître et par le serviteur, ce métier — car c’est un métier comme un autre — est un des plus honorables. La maison bien ordonnée est une réduction de la société. Chacun de nous ne peut pas tout faire. Le chef d’une maison importante, d’une famille nombreuse a besoin d’être aidé afin de pouvoir accomplir au dehors sa part du travail social. Je ne parle pas des jouisseurs riches et oisifs qui ne valent pas mieux que toi. Mais le maître qui travaille est soutenu par ses serviteurs qui lui permettent de donner son temps, hors de sa maison, à son industrie, ou à ses malades ou à son bureau. Et, sans qu’il soit nécessaire de prononcer de grands mots, la femme de chambre qui, modestement, balaie et frotte chez lui, se trouve prêter une aide indirecte, mais incontestable, à des travaux supérieurs, nécessaires à tous et dont elle est incapable.

Arlette pensait : — Cause toujours…

Elle aimait beaucoup cette locution.

XV
LE MUSEAU DE VENDANGE

Les Revertégat possédaient, dans la plaine, en bordure de la route, entre les Mayons et Gonfaron, plusieurs hectares de vignes bien exposés sur une pente au midi.

On vendangeait chez eux depuis quelques jours, et il était nécessaire de terminer la vendange le lendemain soir, à cause des menaces de pluie, lorsque trois des vendangeurs déclarèrent ne pouvoir continuer le travail.

Jusqu’à ce jour-là, les Revertégat, d’accord avec les Bouziane, avaient évité d’employer, parmi les travailleurs, la petite Arlette. Le père Revertégat, en personne, les avait choisis. Mais, quand il se vit privé tout à coup de trois de ses vendangeurs, effrayé qu’il était par la précoce menace des grosses pluies de la Saint-Michel, il chargea le garçon de ferme, Mïus, de trouver des remplaçants.