— Ce ne sera pas commode, maître. Tout le monde, des Mayons, a mis en même temps les vendanges en train. Il faudra que j’aille chez vingt personnes avant d’en trouver une seule qui soit libre.
Le père Revertégat examina attentivement l’horizon.
— C’est du vent d’Est, dit-il ; je ne serais pas étonné si nous attrapions un poulpe dès ce soir (c’est-à-dire, si nous étions mouillés comme à la pêche aux poulpes). Et, si ça commence, ça n’est pas près d’être fini. Nous avons vendangé trop tard ; saint Michel se fâche.
— Et alors, maître, dit Mïus, chez qui faut-il aller d’abord ?
— Nous n’avons pas le choix. Prends le diable si tu veux, mais sauvons ce qui reste aux souches, et tâche de trouver plutôt quatre travailleurs que trois.
— Peuh ! dit Mïus, si une bonne pluie gonflait encore un peu les grappes, ce serait tout profit.
— Bon ! dit Revertégat ; mais si, pendant trois semaines, comme c’est arrivé des fois, toutes les fontaines d’en haut s’ouvraient ensemble, adieu vendanges ! Tout ce beau raisin serait perdu.
Et il promenait un regard inquiet sur le vaste champ de vignes, où bourdonnait la joyeuse équipe de quinze vendangeurs.
Il se retourna vers Mïus :
— Allons, ne perds pas de temps. Finis la journée, et puis tu iras.