— Laisse-moi, Toinet, cria-t-elle, que tu m’as toute déchirée.

Alors, par la taille il la saisit, et la maintint tout contre lui.

— Ne te lamente pas pour cette déchirure. Nous savons bien que tu aurais honte de paraître, comme nous, à ton arrivée ici, en habit de travail… Tu arrives toute pimparée, afin de plaire en route aux darnagas que tu pourrais rencontrer, et tu vas tout de suite changer de robe dans le cellier, hein ? Et là, peut-être, Mïus, tant qu’il veut, t’embrasse. Eh bien ! c’est à mon tour ! La moustouïre est un droit du vendangeur ! Tiens-toi bien, Arlette, que la pénitence est douce !

Il avait, dans sa main droite, un grapillon de raisin rouge ; de la gauche, il tenait sa victime qui se défendait, criante et griffante ; et Toinet, ayant écrasé le raisin juteux sur le visage irrité, cherchait maintenant à y planter un baiser. Sur la joue blanche, le jus ruisselant de la vigne semblait jaillir d’une blessure. Et sa joue, à lui, tout de bon égratignée par la fille, saignait.

— Allons, c’est assez, Toinet ! cria Martine accourue. Lâche-la, et reprends ton travail, que tu n’aurais pas dû quitter.

Toinet n’obéissait pas. Il venait cependant d’apercevoir Victorin ; mais le démon des batailles, l’amour-propre, sans doute aussi une émotion de jeunesse, toute puissante, éveillée au contact de sa jolie adversaire, l’exaltaient. Au jeu de la moustouïre, le vendangeur est déclaré vaincu si, après avoir barbouillé de jus le visage de la vendangeuse, il n’est pas parvenu à l’effleurer des lèvres. Arlette s’était triomphalement défendue, quand Victorin arriva sur le couple enlacé :

— Lâche-la, Toinet !

Toinet abandonna Arlette pour se tourner vers Victorin.

— Tu sais bien que, de toi, je ne ferais qu’une bouchée, dit Victorin.

— A savoir, gronda sourdement Toinet.