— Nous sommes deux à souffrir. Il faut nous aider, dit-elle.
Il l’entoura de ses bras, l’enleva de terre, l’embrassa à plein cœur.
— Je ne veux plus de toi pour aller à Toulon, dit-il enfin ; tu resteras avec notre mère.
— Non, dit-elle, à présent je pars. Nous souffrirons cela ensemble.
— Ah ! ma chère petite, le grand cœur, le brave homme, c’est toi !
XIV
Ce fut pour tout le pays des Bormettes une mémorable journée que celle du mariage du comte Paul d’Aiguebelle. D’Hyères aux Bormettes ce fut, tout le jour, une véritable procession de voitures, sur la grande route poudreuse. Tous les landaus d’Hyères et même de Toulon avaient été réquisitionnés, et les cantonniers s’émerveillèrent de voir tant d’uniformes d’officiers de marine dans la campagne.
La cérémonie religieuse eut lieu dans la chapelle du château.
Le matin, quand elle fut habillée, avec l’aide d’Annette et de Pauline, — Marie vit arriver la comtesse, mince et toute droite, comme rajeunie, dans son éternelle robe noire. Madame d’Aiguebelle prit son lorgnon d’or avec son geste de distinction suprême, qui facilement semblait dédaigneux, et inspecta la belle toilette de la mariée.
— C’est parfait, dit-elle, en s’asseyant, je ne vous ai jamais vue plus jolie… Vos bandeaux tombants vous allaient à ravir… je crois pourtant que je préfère cet arrangement moderne.