— Quand on n’a rien à offrir à une honnête fille, rien que son cœur, — avait prononcé Berthe, — on ne lui fait pas manquer une affaire inespérée comme le mariage de notre amie, — que vous avez tort, par parenthèse, d’appeler Rita. Il est même temps de l’appeler « la jeune comtesse », mon cher !
Le pauvre diable s’était rendu. Ce n’était pas un méchant garçon. C’était un faible — qui se croyait un soldat. Il avait pris l’habitude d’aimer Marie pour ses défauts, pour sa manière de l’appeler et de le repousser, pour ses glissements de couleuvre qui irritaient son désir de la fixer, de la tenir, de l’avoir à lui. C’était un héros de faits-divers. La lecture des journaux, à la rubrique « Drames de l’amour et de la jalousie », était sa seule littérature. Sans s’en douter, il s’était formé peu à peu un idéal de conduite d’après ces héros vulgaires qui vivent et meurent tous les jours, à la troisième page des gazettes. Cela n’empêchait point, au contraire, la sincérité et la violence de ses passions.
Quand il vit Marie si belle, triomphante au milieu de tous ces hommes et des femmes qu’elle éclipsait, il eut un mouvement de rage à la tuer. Quand il la vit valser entre les bras de son mari, il se déclara, avec un mouvement de fureur aveugle, qu’il allait sortir et se noyer dans la mer… C’était si près. Le temps était admirable… Le clair de lune scintillait sur les vagues tranquilles… Il fut tenté. Il se dit encore qu’il était bien sot d’assister à cette fête, d’exaspérer en lui des regrets poignants et inutiles… et il conclut que puisqu’il était là, il fallait « faire quelque chose »… Oui, il fallait agir, en homme de résolution, en soldat, en héros, ce soir même !
Pourquoi ne l’enlèverait-il pas ? Enlever une nouvelle mariée, c’était original, ça ! On en parlerait ! Cette folie le séduisit étrangement… Quand Marie repassa près de lui, dans le moment où il faisait ce rêve, il ressentit, à la voir, ce coup de vertige qui vient d’un afflux de sang au cerveau, qui aveugle la raison, emporte les sens, fait commettre les grandes, les irréparables sottises.
Un moment plus tard, il put s’approcher d’elle : — Il faut absolument que je vous parle, murmura-t-il, bas et vite.
Elle était animée par la danse, échauffée et rouge. Elle était dans le feu de l’action, dans la lumière de sa gloire.
— Bon ! je le pensais bien, fit-elle de même.
Excitée comme elle l’était à ce moment, ce lui fut un âcre plaisir d’avoir ce bout de dialogue coupable, là, en pleine fête de mariage… « Ça commençait donc, la vraie vie ! »
Elle respira, s’éventa et dit avec calme :
— Tous les appartements sont ouverts, livrés aux invités. Les cadeaux sont exposés dans la bibliothèque, au premier étage.