— Je te suis ! lui cria Pauline.
Annette s’arrêta et, à son tour, elle se prit à pleurer silencieusement.
— Oh ! je lui ai déplu ! dit-elle consternée.
— Mais non ! Il t’a remarquée ! C’est excellent ! disait Pauline. C’est comme ça qu’il faut faire. Tu verras. Nous en viendrons à bout… Il t’a remarquée. Je te dis que c’est l’essentiel.
TROISIÈME PARTIE
I
Ce fut le soir seulement que Mlle Marie Déperrier se sentit vraiment en possession de tout ce qu’elle avait rêvé.
Quand le parc fut illuminé, quand le vieux château tout entier, étincelant de lumières et comme incendié, s’emplit des sonorités de l’orchestre et les envoya, par toutes ses fenêtres, s’éparpiller dans les arbres du parc, sous lesquels se tenait une foule de paysans curieux et respectueux, — ce fut alors seulement qu’elle se sentit reine, c’est-à-dire riche, et même comtesse.
Les compliments des hommes, surtout des officiers de marine chamarrés de croix, l’enivrèrent. La présence de Berthe, du petit Lérin de la Berne, de Léon, témoins discrets de son passé médiocre, l’excitaient à l’orgueil, à l’arrogance, à tous les défis envers la destinée. Quand elle passait près d’eux, elle avait, en les regardant, une flamme mauvaise dans les yeux. Ce regard leur disait clairement : « Hein ! Ça y est ? A présent, bonsoir ! Je peux, à mon gré, me passer de vous, — ou daigner vous reconnaître… Auriez-vous jamais cru ça, dites, les petits amis ? »
Léon, mis d’ailleurs à la raison par Berthe, fit d’abord assez bonne contenance.