— Vous ne me tromperez plus, jamais. Je vois tout, je sais tout. Tenez, je devine même qu’il ne vous a pas déplu, pendant un moment, de jouer avec le péril, autour de ces lettres… Vous pensiez qu’au besoin vous détourneriez mon attention, c’est-à-dire le danger, avec vos caresses… Est-ce bien cela ?

Elle songeait : « Comment a-t-il pu voir ? »

Il poursuivit, avec une ironie calme, en reprenant sa promenade à travers la chambre :

— Charmante idée, ma foi ; imagination de vierge dépravée, qui veut se donner le rêve de l’infamie dans l’honneur, et du péril en pleine sécurité !

Elle admirait qu’il la devinât si bien. Elle en était effrayée, comme d’un sortilège.

Il répondit à sa pensée :

— Oh ! ça n’est pas difficile à deviner, tout ça, une fois qu’on sait qui vous êtes. Un bout de ce fil-là donne tout le peloton. J’ai connu de vos pareilles, je vous dis.

Il souriait, comme joyeux, vraiment, de sa découverte :

— Je vois tout, tout ! en détail !… Et quand vous avez cru m’avoir trompé, abaissé ; quand vous m’avez cru aveugle et sourd, désarmé, dans le trouble de ma passion stupide, — alors, vous avez ri ! — Rire de moquerie, car vous me trouviez bien sot ! rire de victoire, car vous triomphiez ! rire téméraire, imbécile, — qui m’a parlé, mieux qu’une parole !… Il faudra vous méfier de ce rire-là… il aurait dû me renseigner plus tôt… Mais il paraît qu’avant ce soir je ne prêtais pas à rire : — je ne l’avais jamais entendu !

Il vint s’asseoir près d’elle, comme pour causer, paisiblement, de choses quelconques. L’âpreté de l’accent contrastait maintenant avec la tranquillité d’allure de sa parole :