— Vraiment, vous aviez bien joué, jusque-là, votre rôle. Parole d’honneur, les théâtres vous envieraient ! Eh bien, ma chère demoiselle, je ne veux pas, moi, être raillé ; je ne veux pas, moi, que vous triomphiez… Écoutez bien ceci : Vous n’avez pas de mari. Je ne suis pas votre mari. Il n’y a entre nous qu’un chiffon de contrat. Moralement, je le déchire. Vous n’êtes pas la femme d’un homme de mon cœur et de mon nom… Les enfants de ma race n’auront pas cette mère !

Elle s’était retournée à demi vers lui. Il avait relevé la tête. Elle ne le regardait pas. Elle l’écoutait, un coude sur la tablette du meuble ouvert, le menton dans sa main, le regard dur, rêvant aux revanches, — résignée, par force, au présent.

Il lui toucha le bras, du bout de son doigt :

— Regardez-moi bien !

Elle le regarda, d’un regard neutre, où tout semblait mort.

Il dit :

— Vous comprenez, nous devons prendre quelques petits arrangements. Voici donc ce que je vous impose : l’hypocrisie. Ça ne vous sera pas difficile… J’aime ma mère plus que tout au monde, et aujourd’hui plus que jamais. Il faut qu’elle soit heureuse… Si elle savait ce qui se passe en ce moment dans la maison de son fils, elle en mourrait !… Elle n’en saura rien. Je le veux… je vous impose de la rendre heureuse, à force de ruse habile, et de mensonge… J’entends que vous trompiez tout le monde, — excepté moi. C’est bien clair, n’est-ce pas ?

Elle se taisait.

— Mais répondez donc !

Elle se taisait toujours, l’air hautain et dur.