Marie, très intéressée, avait dressé l’oreille.

— Il s’agit bien des Russes !… Qu’est-ce que tu me dis là, de Monsieur de Barjols ?

— Tu ne t’en étais pas doutée ? Vrai de vrai ?

— Ça m’avait passé par l’esprit, comme une idée de roman. Mais non, je ne savais pas… Voyons, tu veux rire. Comment aurait-on pu savoir ?

— Comment ? C’est bien simple : figure-toi ; il veut partir encore, malgré sa mère. Il paraît que ça lui a repris ! Pour obtenir cette faveur de repartir, il a cru pouvoir se confesser, à mots couverts, sans te nommer, au commandant Ripert, du ministère, un homme sûr, — mais qui a en sa femme — ma meilleure amie, après toi, — une confiance… bien mal placée. Le commandant s’est laissé tirer par elle les vers du nez ; — et je tiens l’histoire… d’elle-même, — parce qu’elle a en moi une confiance… également mal placée ! Ça peut servir, ce que je t’annonce ! Je ne sais pas à quoi… Mais ça sert toujours, tôt ou tard, de savoir ces machines-là.

Berthe était partie, laissant Rita très songeuse.

La jeune comtesse d’Aiguebelle avait donc déblayé son terrain d’opération. Elle avait éloigné de chez elle toutes les personnes qui pouvaient rappeler au comte son passé bohème, révélé par les lettres de Léon Terral.

Cela lui avait semblé la plus nécessaire de toutes les prudences. Elle s’était arrêtée à l’idée de reconquérir son mari ; mais avant tout, il fallait l’apaiser. On verrait ensuite.

Cette tâche ne s’annonçait pas comme des plus faciles.

Le comte Paul était de ces cœurs droits, fanatiques de droiture, qui, trompés une fois par l’être en qui ils avaient confiance, demeurent incapables à tout jamais de croire en cet être, même redevenu sincère.