— Ah ! répéta-t-il tout haut, mon pauvre Albert !

Pendant qu’il le plaignait avec sa tendresse d’enfance, l’autre, Albert, armé à ce moment contre l’obstacle, et se sentant un besoin de lutte immédiate, d’attaque et de défense, — fut presque blessé :

— Pourquoi me plains-tu ? demanda-t-il un peu fier.

— Pourquoi ? dit Paul. Et cette simple question fit éclater, dans sa mémoire, toutes les raisons à la fois qu’il avait de redouter, pour Albert, l’ambitieuse et perfide nature de sa femme.

— Pourquoi je te plains ? cria-t-il… Parce qu’il y a ici péril de mort pour ton cœur naïf et sincère. Pourquoi je te plains ?… Parce que cette femme t’abuse comme elle m’a abusé ! Elle t’aveugle. Elle te change en bête.

Il s’animait :

— Tu brûles de lui sacrifier Annette et ta sœur, et ta mère et la mienne, et moi ! notre vieille amitié de toujours ! Malheureux ! malheureux !… Pourquoi ? pourquoi je te plains ?… Parce que j’ai éprouvé ce que tu éprouves ! J’ai cru en elle comme tu y crois. Je l’ai aimée comme tu l’aimes. Ma mère a voulu me sauver en m’avertissant comme je t’avertis ! Et je ne l’ai pas écoutée, et tu ne m’écouteras pas !… Pourquoi je te plains ?

Il s’arrêta ; puis prononça avec douleur :

— Parce que tu me recommences !

Il vint s’asseoir près de son ami, en continuant, avec douceur :