— Épouse Annette.

Albert se leva, — et se rassit aussitôt d’un mouvement involontaire, car Paul, qui n’avait pas lâché sa main, le ramenait à lui.

— Tu aimes Annette de cette affection douce, calme, profonde, qui suffit… Qu’est-ce que je dis là ? C’est la meilleure, c’est la seule, c’est le sentiment sublime. Le reste, toute femme jeune et belle peut l’inspirer, fût-elle mauvaise… Les plus perfides même sont celles qui l’inspirent le mieux, le plus vite, et à un plus grand nombre d’hommes.

Il s’anima :

— Tu aimes Annette, sans y songer, d’un amour fait d’amitié, de respect, de tendresse, de tout ce qui est immortel comme l’âme, ou, si tu veux, plus durable au moins que la jeunesse et la beauté. Épouse Annette. Le bonheur est là.

Et comme, stupide, ne trouvant rien à répondre, Albert demeurait anéanti, osant à peine penser à ce qu’il était venu dire, — Paul se leva.

Il comprenait.

Puisque Albert aimait Marie depuis trois ans, — comme lui, — alors tout changeait. Ses assiduités révélaient une situation toute nouvelle. La coquette l’attirait, le séduisait…

Debout, Paul réfléchissait ; et le plan de la chasseresse de cœurs et de dots lui apparaissait, net, comme illuminé : « Elle veut me le prendre, se venger en m’arrachant cette amitié, en enlevant cet homme — parce qu’il est mon ami, et riche, — à sa mère, à sa sœur, à tous ces gens qu’elle hait puisqu’elle les envie… Oh ! mon pauvre Albert ! mon pauvre Albert ! »

Un grand flot de tendresse lui monta au cœur pour ce jeune homme au cœur pur, son meilleur ami, le frère de son choix, le petit camarade de ses jeux, le frère de la bonne Pauline, le bien-aimé de sa douce Annette.