— Albert ! Albert ! mon ami, mon frère, mon ami d’enfance, Albert ! Albert !

Il ne pouvait dire autre chose : il semblait pleurer un mort !

Le marin, rendu pour l’instant presque insensible à l’amitié comme il l’était tout à l’heure à l’affection fraternelle, dit, presque durement :

— Eh bien, quoi ?

Le comte Paul fit un effort violent sur lui-même, s’assit, et il répliqua doucement :

— Viens près de moi. J’ai à te parler un peu de temps. Viens là… Écoute.

Albert s’assit, ayant dans toute son attitude virile, on ne sait quoi de la physionomie boudeuse des petits enfants qui ne veulent pas être consolés. Car c’était lui maintenant qui devait être consolé. Il le pensait ainsi. Et peut-être, avait-il raison, puisque son malheur, moins grand que celui de son ami, était plus présent à cette heure, plus nouveau pour lui. Et Paul, tendrement, pensa de même.

— Mon ami, mon frère, dit alors Paul, d’une voix caressante, écoute. Il y a trois ans, j’aimais d’une affection discrète, profonde, et qui s’ignorait elle-même, — ta sœur Pauline. La passion que m’inspira subitement Marie me fit oublier Pauline. Le bonheur était là, pourtant. Je l’ai laissé derrière moi. Voilà mon histoire… Elle va devenir la tienne…

Albert leva sur lui des yeux surpris, pleins de questions… et pleins de douleur.

Paul conclut d’une voix persuasive et nette à la fois :